histoire familiale

Louis, le bagnard de Cayenne

Épisode 1/3

Louis le Bagnard de Cayenne… C’est comme ça qu’on l’appelait dans sa famille. Il a alimenté les conversations de ses cousins pendant longtemps, d’autant plus que personne ne savait vraiment pourquoi il était allé au bagne. Un jour, Jean-Louis, son petit cousin, m’a demandé de l’aider à comprendre cette histoire qui attisait sa curiosité. Il avait déjà interrogé quelques contemporains de Louis, mais même ceux-là n’en savaient pas grand-chose.

Nous avons donc démarré notre enquête. Tout commence par quelques coupures de presse trouvées par Jean-Louis, il avait commencé à chercher de son côté. Ces coupures datent des années 1936 et 1937, elles relatent quelques-uns des faits d’armes de Louis : abus de confiance, insoumission vol, escroquerie.

Grâce à la presse, nous avions déjà un aperçu du parcours de Louis.

J’ai ensuite consulté la fiche matricule de Louis. J’ai pu établir son état civil : Louis Paul Joseph Marie DAVID, né à Blain le 25 juillet 1907. Il est le fil de feu Louis Gilles Marie DAVID et de Anne Marie MARTIN. Il vit à la Mazonnais à Blain.

Extrait de la fiche matricule militaire de Louis DAVID

J’ai ensuite continué mes recherches dans les fonds d’archives judiciaires. Les dépôts d’archives départementales conservent les fonds des institutions judiciaires départementales : tribunaux de première instance, tribunaux correctionnels, justices de paix, etc. Les échelons de ces juridictions ont changé au cours des années, mais notre recherche de situe au début du XXe siècle, c’est donc dans ces fonds que j’ai pu trouver ce que je cherchais.

Grâce aux coupures de presse, je vois que Louis a déjà été condamné plusieurs fois. Je dois donc chercher en amont de 1936, et voir quelles sont ces condamnations. J’épluche donc les répertoires chronologiques des affaires jugées au tribunal de Saint-Nazaire.

Je tombe sur sa première condamnation, en 1929, à 45 jours d’emprisonnement pour vol de poules au préjudice d’une femme DAVID (certainement sa mère).

Je continue mon dépouillement :

23 juillet 1931Abus de confiance6 mois de prison
13 octobre 1932Vol d’une valise contenant des objets mobiliers et des vêtements3 mois et un jour de prison
06 juillet 1933Vol d’une bicyclette et d’un complet, avec chemise, paletot, souliers et casquette6 mois de prison

Les détails des délits sont mentionnés dans les minutes de jugements. Pour chacune d’entre elles, on y trouve les circonstances du délit, ainsi que la peine prononcée. Mais attention, ces documents sont soumis à un délai de communicabilité de 100 ans. Dans ce cas, une demande de dérogation est nécessaire à déposer auprès du Directeur des archives départementales afin d’avoir l’autorisation de consulter ces documents.

A partir de 1933, Louis DAVID purge ses peines à la prison de Nantes. Mes recherches continuent donc dans les archives du tribunal de première instance de Nantes. Je suis le même chemin, en parcourant les répertoires chronologiques.

A Nantes, Louis DAVID n’arrête pas ses méfaits.

04 août 1932Vol6 mois de prison
29 janvier 1934Vol une bicyclette, cinq lames de scie et un canard8 mois de prison
27 janvier 1936Falsification et chèque et extorsion de fonds  
06 octobre 1936Extorsion de fonds et escroquerie 
14 octobre 1936Recel 
20 octobre 1936Insoumission 
26 février 1937Possession d’un briquet non estampillé 
03 mai 1937Escroquerie3 mois de prison
5 ans d’interdiction de séjour
03 novembre 1937Vols6 mois de prison
16 novembre 1937Abus de confiance6 mois de prison
16 novembre 1937Escroquerie6 mois de prison Relégation

La relégation a été prononcée suite au cumul de plusieurs  condamnations précédentes. Elle a été instaurée par une loi du 27 mai 1885, dite loi Waldeck-Rousseau, et été votée à une écrasante majorité.

Est condamnée à la relégation une personne ayant commis un certains nombre d’infractions, et purgé un nombre de peines défini. Si toutes les infractions sont inscrites au casier judiciaire, le juge a pour obligation de prononcer la relégation. C’est le cas de Louis DAVID.

Il purge donc sa peine en métropole, avant d’être envoyé en Guyane, à Saint-Laurent-du-Maroni.


Ici se termine la première partie de l’histoire de Louis le bagnard de Cayenne. Je vous raconte la suite la semaine prochaine, nous le suivrons à Saint-Laurent-du-Maroni…

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