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Challenge UproG

Un moulin ร  vent, un puits, un annuaire

Challenge Upro-G – Rรฉcap du mois d’avril 2025

  • Un puits

Pour cette 15e semaine de challenge, le thรจme รฉtait un puits. Bon, jโ€™ai commencรฉ par chercher des puits dans les chรขteaux, les demeures, et puis jโ€™ai eu un flash ! Un puits de mine ! Et en Vendรฉe (car comme vous avez pu le constater, la plupart de mes posts concernent la Vendรฉe ๐Ÿ˜), une mine domine lโ€™activitรฉ industrielle : celle de Faymoreau. En vรฉritรฉ, de nombreuses mines ont รฉtรฉ creusรฉes au cours des siรจcles en Vendรฉe. Mais celle de Faymoreau est unique par la conservation exceptionnelle du site. En effet, les corons sont toujours lร , la chapelle des ouvriers, lโ€™ancien dortoir des verriers dans lequel se trouve aujourdโ€™hui le musรฉe. 

Petite histoire rapide des mines de Faymoreau (j’ai repris les grandes dates citรฉes sur le site internet du Centre minier de Faymoreau : Centre Minier de Faymoreau) :

Lโ€™histoire de la mine commence en 1827 avec la dรฉcouverte de charbon, par hasard, par un sabotier. On se trouve ร  Marillet, prรจs de Faymoreau. En 1836, โ€œune verrerie est crรฉรฉe pour consommer, sur place, le charbon de faible qualitรฉ destinรฉ ร  alimenter les fours. Elle produit jusquโ€™ร  un million de bouteilles pour les rรฉgions de Cognac et Bordeaux, des bocaux ainsi que des cloches ร  jardin. Dโ€™autres entreprises consomment le charbon de Faymoreau dans le bassin minier : tuileries, briqueteries, fours ร  chauxโ€ฆโ€.

Le premier coron est bรขti en 1840 par la Sociรฉtรฉ des Mines de Faymoreau, sociรฉtรฉ exploitant le charbon, afin dโ€™y loger les mineurs et leurs familles. Progressivement, le site devient une petite ville, avec sa chapelle, des รฉcoles, dโ€™autres corons.ย 

La mine voit de nouveaux dรฉbouchรฉs sโ€™offrir ร  elle par lโ€™arrivรฉe du chemin de fer en 1869. Cโ€™est la ligne Angers-Niort qui dessert directement la mine. On voit le tracรฉ exact de la ligne sur diffรฉrents plans consultables sur le site des Archives de la Vendรฉe.

Le progrรจs technique continue dans la rรฉgion avec la construction de la centrale รฉlectrique de Faymoreau, en 1922. Grรขce ร  elle, lโ€™รฉlectricitรฉ est distribuรฉe en sud-Vendรฉe, mais aussi dans une partie des Deux-Sรจvres et de la Charente-Maritime. 

Malheureusement, les annรฉes 1950 sont synonymes de dรฉclin pour la mine. La centrale s’arrรชte et le charbon sโ€™รฉpuise. La mine ferme dรฉfinitivement le 28 fรฉvrier 1958, aprรจs 130 ans dโ€™activitรฉ.ย 

La carte postale suivante reprรฉsente un des puits de la mine, le puits du Centre. Elle date de 1907, et est cotรฉe 1 Num 1-118-38, et disponible sur le site des Archives dรฉpartementales de Vendรฉe.

Un petit aperรงu de lโ€™รฉtendue des bรขtiments liรฉs ร  la mine, et notamment la verrerie sur ce plan datant de 1835 (c’est un petit extrait du plan, pour en voir l’intรฉgralitรฉ, c’est ICI). Il est cotรฉ (Fi)-5 M 149-1.

Si vous vous trouvez en Vendรฉe cet รฉtรฉ, nโ€™hรฉsitez pas ร  aller visiter le Centre minier ! Cโ€™est un endroit surprenant, oรน vous apprendrez beaucoup de choses sur lโ€™histoire industrielle de la Vendรฉe.

  • Un moulin ร  vent

Des moulins ร  vent, il en existe des centaines en Vendรฉe. Jโ€™ai voulu faire un focus sur un lieu que jโ€™ai dรฉcouvert il y a moins dโ€™un an, alors que jโ€™ai grandi tout prรจs (oui, c’est souvent comme รงa !).

Il sโ€™agit de la colline aux moulins ร  Mouilleron-en-Pareds.ย 

Photographie faisant partie d’un ensemble de 3 clichรฉs datant du 11 novembre 1975.
La photographie est cotรฉe 176 J 107.

Aujourdโ€™hui, on compte 4 moulins restaurรฉs sur les 8 encore visibles sur la colline. Cette colline, haute de 180 mรจtres, a accueilli 15 moulins (ils sont visibles sur le cadastre napolรฉonien de 1834).  Pour la petite histoire, les ailes de ces moulins รฉtaient utilisรฉes pour communiquer lors des Guerres de Vendรฉe. Ils ont รฉtรฉ entiรจrement dรฉtruits pendant la Rรฉvolution, puis reconstruits aux mรชmes emplacements.

Lโ€™un de ces moulins appartenait ร  la famille De Lattre de Tassigny, et a รฉtรฉ transformรฉ en chapelle par Madame De Lattre de Tassigny ร  la mรฉmoire de son mari et de son fils. 

Je vous mets la localisation : https://maps.app.goo.gl/g7GoBuejUUB8eGZj9

Et je vous mets รฉgalement le lien pour consulter les autres photographies : c’est ICI !

Bonne visite ! 

  • Un annuaire

Pour cette semaine 18, on change radicalement de thรจme ! 

Lโ€™annuaire administratif de la Vendรฉe (ici la couverture de son รฉdition de 1865) nous permet, en gรฉnรฉalogie et en recherches historiques, dโ€™obtenir tout un tas dโ€™informations sur un lieu, un territoire, des personnalitรฉs locales, des commerces, des entreprises. On y trouve mรชme la liste des habitants des villes ร  partir de lโ€™รฉdition 1907. Ils sont publiรฉs ร  partir de la seconde moitiรฉ du XIXe siรจcle, avec une publication parfois interrompue. En Vendรฉe, il paraรฎt dโ€™abord de 1863 ร  1868, puis reprend de 1890 ร  1926, et enfin de 1939 ร  1947. 

Un vraie source, ร  dรฉcouvrir ! 

Trucs et astuces

Cโ€™est quoi, un archiviste ?

Cโ€™est gรฉnรฉralement la question quโ€™on me pose quand je mentionne mon mรฉtier dans une conversation. 

La rรฉaction suivante est : โ€œAh, tu travailles dans une bibliothรจque ou un truc comme รงa ?โ€ ou : โ€œAh, cโ€™est des vieux papiers, รงa ?โ€.

Avec cette image qui apparaรฎt dans la tรชte de mon interlocuteur : 

Bon, on passe sur les idรฉes reรงues ?

Car oui, nous sommes une profession dynamique, jeune, moderne et tournรฉe vers les nouvelles technologies ! 

Notre mรฉtier nous oblige ร  la curiositรฉ, ร  lโ€™adaptabilitรฉ et ร  ne pas rester sur nos acquis. Notre environnement de travail change constamment, que ce soit lโ€™organisation des services (et donc des interlocuteurs), les mรฉthodes de travail, la dรฉmatรฉrialisation, nous devons savoir nous adapter ร  chaque situation.

Mais finalement, on fait quoi ?ย 

Pour rรฉsumer, nous sommes chargรฉs de la gestion documentaire dโ€™un organisme (public ou privรฉ), cโ€™est-ร -dire que nous devons faire en sorte que la masse documentaire (papier et รฉlectronique) produite par un organisme soit collectรฉe, conservรฉe, et bien conservรฉe (conditions physiques, intรฉgritรฉ, exactitude des informations) et accessible aux personnes le demandant.

ร‰videmment, dit comme รงa, รงa parait nรฉbuleux.ย 

En quelques phrases, voici le quotidien dโ€™un archiviste : 

  • On bouge des boรฎtes !
  • On cherche (et trouve) des informations !ย 
  • On classe des papiers !
  • On fait des expos !
  • On vide des bureaux !ย 
  • On รฉlimine !
  • On accueille des gens, beaucoup de gens !
    • Des particuliers
    • Des professionnels (agents immobiliers, notaires, architectes)
    • Des membres dโ€™associations (Histoire locale)
    • Des scolaires (notamment pour les JEP)
  • On parle de durรฉe dโ€™utilitรฉ administrative, de fantรดme et de recolement !
  • On inventorie !
  • On rebouge des boรฎtes !

Quelques exemples de ce quโ€™un archiviste peut faire dans une semaine : 

  • Aller chercher 40 boรฎtes au service Ressources humaines. Ouf, on a un chariot !
  • Accueillir trois agents immobiliers et un architecte qui recherchent les plans de la maison sur laquelle ils travaillent. Ouf, on a les permis de construire depuis 1945-1947 (1923 pour la ville de la Baule-Escoublac, oรน je travaille).
  • Faire une recherche sur lโ€™avion amรฉricain tombรฉ en 1943 dans la forรชt dโ€™Escoublac, dans le cadre dโ€™une commรฉmoration et de la crรฉation dโ€™un parcours historique dans la forรชt. Ouf, on a des infos sur le sujet dans nos fonds. Et on active nos rรฉseaux au sein des associations dโ€™histoire locale.
  • Traiter le versement du service Finances. Ouf, ils avaient bien travaillรฉ en amont, on sโ€™y retrouve dans les boรฎtes.ย 
  • Intervenir dans une petite commune du territoire qui nโ€™a pas dโ€™archiviste (cโ€™est souvent le cas quand on travaille en agglo), mais qui a quand mรชme des archives. Ouf, on est accueillies de faรงon adorable par les services !
  • Sรฉlectionner les documents qui seront exposรฉs dans le hall de lโ€™Hรดtel de ville ร  lโ€™occasion de ses 50 ans. Ouf, on les trouve tout de suite, lโ€™inventaire est prรฉcis.ย 
  • Conseiller les Services techniques sur ce quโ€™ils doivent garder, jeter, trier, dans leurs archives papier et sur leurs arborescences informatiques.ย 

Ces exemples montrent la diversitรฉ des tรขches quโ€™on peut avoir ร  effectuer. ร‰videmment, selon les lieux et les services, tous les archivistes ne font pas tout. Quand le service est plus important, les tรขches sont plus morcelรฉes. Lร  oรน je travaille, on a la chance de toucher ร  tout (si, si, pour moi, cโ€™est une chance). 

Et cette diversitรฉ des tรขches demande dโ€™รชtre organisรฉ et mรฉthodique. Et on essaie de lโ€™รชtre !ย 

En tout cas, on ne sโ€™ennuie pas !! 

Le document dรฉclencheur

Les bancs de la discorde

Le document dรฉclencheur… ou quand le hasard dรฉclenche des recherches

Un jour de recherches aux Archives de la Vendรฉe, un courrier signรฉ dโ€™une ยซ Dame franรงaise rรฉpublicaine ยป attire mon attention. Nous sommes ร  Puybelliard, en Vendรฉe, le 04 fรฉvrier 1908. Cette dame รฉcrit au Prรฉfet de Vendรฉe pour lui relater ce qui se passe avec le curรฉ de sa paroisse. 

Extraits choisis : 

  • ยซย Nous avons un curรฉ qui devient insolent. Quand il monte ร  la tribune, cโ€™est pour traiter ses paroissiens de voleurs, ceux qui nโ€™ont pas payรฉ leurs places de bancย ยป
  • ยซย Samedi soir, il a lui-mรชme placรฉ des planches et enfoncรฉ de grosses pointes sur chaque place de banc qui lui avait pas รฉtรฉ payรฉe, et il a dit qu’il les laisserait jusquโ€™ร  ce quโ€™elles soient payรฉesย ยป

Ma premiรจre rรฉaction a รฉtรฉ de sourire. Quelle รฉtrange situation ! 

Et puis, je me suis demandรฉe ce quโ€™รฉtait cette histoire de place de banc ร  payer. Alors, jโ€™ai cherchรฉ, et cette situation nโ€™รฉtait pas rare !

Dโ€™oรน vient la location des bancs dโ€™รฉglise ?

Remontons au Moyen-Age. A cette รฉpoque, il nโ€™y avait pas de bancs ni de chaises dans les รฉglises. Les fidรจles assistaient aux offices debout, puis avec leur propre chaise. Cela donnait dรฉjร  lieu ร  des querelles pour obtenir les meilleures places dans lโ€™รฉglise. 

A partir du XIIIe siรจcle, dans les รฉglises anglaises, des bancs de pierre apparaissent progressivement. Ils sont rapidement remplacรฉs par des bancs en bois, qui se gรฉnรฉralisent durant le XVe siรจcle, en Angleterre et en France. Les querelles pour obtenir les places les plus convoitรฉes de lโ€™รฉglise nโ€™ont pas disparu pour autant, des conflits avaient rรฉguliรจrement lieu. 

Pour pallier cela, les conseils de fabrique mettent en place le bail de location des chaises et des bancs. Nous sommes au milieu du XVIIIe siรจcle. Au XIXe siรจcle, les chaises et bancs deviennent un bien de consommation, et ils sont progressivement mis ร  disposition gratuitement. 

Cโ€™est quoi, un conseil de fabrique ? 

Le conseil de fabrique est un ensemble de personnes (clercs et laรฏcs) chargรฉ de collecter les fonds et revenus servant ร  la construction des รฉglises et des รฉdifices religieux, ainsi quโ€™ร  leur entretien et celui du mobilier. Les revenus de la fabrique viennent principalement des quรชtes, des offrandes, des dons, des legs, mais รฉgalement des loyers et fermages. Et sans oublier le sujet qui nous intรฉresse ici, la location des places de bancs dans lโ€™รฉglise.

Et derniรจre prรฉcision : les membres des conseils de fabrique sโ€™appellent des marguilliers.

Comment cela fonctionne-t-il ? 

A partir du XVIIIe siรจcle, les marguilliers fixent les prix de location des bancs et des chaises, dans un ordre strict รฉtabli par la fabrique. Les sommes sont perรงues par le chaisier ou la chaisiรจre. Elles reprรฉsentent une partie significative des recettes de la fabrique. 

Parfois, les places sont mises aux enchรจres ! Cela amรจne aussi des conflits entre les familles les plus aisรฉes, et ร  lโ€™intรฉrieur mรชme des familles. Les prix des places se montent ร  des sommes folles, et deviennent inaccessibles aux personnes plus modestes.

Le banc comme signe de statut social

Les bancs dโ€™รฉglise ont une signification sociale dรจs le XVe siรจcle, ils sont un marqueur de la place des gens dans la sociรฉtรฉ et dans la paroisse. 

Les seigneurs possรฉdaient leurs bancs au premier rang de lโ€™รฉglise, et parfois mรชme dans le chล“ur. Les familles aisรฉes avaient leur emplacement attitrรฉ, et ces bancs รฉtaient lโ€™objet de riches dรฉcorations, afin, encore une fois, dโ€™asseoir le statut de la famille. 

La mise en place du bail au milieu du XVIIIe siรจcle nโ€™a pas arrangรฉ cela, car bien entendu, les familles les plus aisรฉes ont pu sโ€™offrir les places les plus en vue de lโ€™รฉglise. En effet, il รฉtait possible dโ€™acheter les bancs dโ€™รฉglise. Les familles riches se les transmettent ensuite par hรฉritage. Dans certaines รฉglises, on peut encore voir des petites plaques de cuivre ou dโ€™รฉmail gravรฉes du nom de la famille propriรฉtaire du banc. A lโ€™inverse, les places au fond de lโ€™รฉglise restaient gรฉnรฉralement gratuites, pour les pauvres de la paroisse. 

Un exemple de bail de locationย : Mouchamps

A Mouchamps, la fabrique nโ€™a plus assez dโ€™argent pour acheter de nouveaux bancs, et les familles aisรฉes ne sont plus assez nombreuses pour assurer un revenu rรฉgulier par la location. La dรฉcision est  prise : les personnes qui veulent une place sur un banc devront le faire eux-mรชmes, ร  leurs frais (fabrication et installation dans lโ€™รฉglise) sur un modรจle prรฉdรฉfini. 

Toutefois, bien que propriรฉtaires des bancs, les gens devront ensuite payer un droit pour les occuper, ร  savoir 6 livres par an. Sโ€™ils ne peuvent ou ne veulent plus payer, ils perdront leur banc, qui reviendra de fait ร  la Fabrique. 

La propriรฉtรฉ du banc est hรฉrรฉditaire.

Le document date de lโ€™an 13 et est repris en 1852.

Les bancs comme source de discorde 

Au fur et ร  mesure de mes recherches sur le sujet, je me suis rendue compte que la correspondance conservรฉe par lโ€™รฉvรชchรฉ regorge de situations concernant les places de bancs dans les รฉglises.

Deux exemples de conflits, tous deux se passent ร  Rรฉaumur, dans le bocage vendรฉen :ย ย 

Nous sommes en 1872, le curรฉ de la paroisse fait รฉtat ร  lโ€™รฉvรชque de sa situation : un adjudicataire refuse de payer son dรป de 102 francs annuels pour lโ€™occupation de son banc. Il explique que lโ€™adjudication โ€œa รฉtรฉ faite le 26 dรฉcembre 1869, ce pour 7 ans, ร  partir du 1er janvier 1870โ€. Il explique ensuite que ce monsieur a bien payรฉ ses deux premiรจres annรฉes intรฉgralement, mais que maintenant, il ne souhaite payer que lโ€™รฉquivalent de 2 places au lieu de 6, prรฉtextant que โ€œcโ€™est trop dโ€™argentโ€. Ce monsieur a รฉgalement traitรฉ avec un sous-locataire, qui ne vient pas aux offices et ne paie donc pas sa place. Le conseil de fabrique envisage ici de porter ce cas devant les tribunaux, et le curรฉ de la paroisse demande conseil ร  lโ€™รฉvรชque sur la conduite ร  tenir.

Toujours ร  Rรฉaumur, quelques annรฉes plus tรดt, en 1866, le conseil de fabrique prend la dรฉcision de rรฉamรฉnager lโ€™รฉglise afin dโ€™agrandir les fonts baptismaux et amรฉnager un nouveau confessionnal. Pour ce faire, les bancs ont รฉtรฉ bougรฉs et โ€œavancรฉs vers le haut de lโ€™รฉgliseโ€. Cette opรฉration โ€œjugรฉe nรฉcessaire pour la rรฉgularitรฉ et le bien gรฉnรฉralโ€ permet de gagner un banc dโ€™un cรดtรฉ de lโ€™รฉglise et de lโ€™espace pour le bon dรฉroulรฉ des offices. Malgrรฉ cela, un paroissien fait une rรฉclamation au conseil de fabrique du fait de lโ€™avancรฉe de son banc dโ€™environ 25 cm vers lโ€™autel. โ€œLe plaignant menace la Fabrique dโ€™un procรจs, et, en attendant, il trouble le bon ordreโ€.

La rรฉponse de lโ€™รฉvรชque ici, est de proposer le remboursement intรฉgral du montant payรฉ par cet homme, en รฉchange de son renoncement au banc. Cโ€™est ce qui a รฉtรฉ proposรฉ, mais lโ€™homme a refusรฉ formellement, et injuriรฉ grossiรจrement le conseil de fabrique. 

Toutefois, le curรฉ a peut-รชtre une solution : celle de sโ€™appuyer sur un ancien rรจglement pour dรฉmettre ce paroissien de son banc. En effet, lโ€™adjudication faite avec le plaignant date dโ€™avant le nouveau rรจglement, et de ce fait, est soumis au rรจglement prรฉcรฉdent dans lequel la rรฉvocation du banc peut se faire au bout dโ€™une annรฉe, et non plus de 7 ans. 

Les affaires concernant les bancs dโ€™รฉglise sont monnaie courante : ร  Thouarsais-Bouildroux en 1879, au Mazeau en 1897-1898, ร  Vouvant entre 1893 et 1896.

Malheureusement, je ne sais pas comment ces histoires se terminent, que ce soit ร  Puybelliard, ร  Rรฉaumur ou ailleursโ€ฆ Les archives du diocรจse que jโ€™ai pu consulter contiennent seulement les courriers reรงus par lโ€™รฉvรชchรฉ et pas les rรฉponses.ย 

Quelles sources ร  consulter ?

Le document dรฉclencheur se trouve dans la liasse cotรฉe 4M 150 : Police – Cultes – Rรฉglementation des sonneries de cloches, des bancs dโ€™รฉglise, sรฉpulture et processions (1904-1913), conservรฉe aux Archives de Vendรฉe.

Jโ€™ai รฉgalement utilisรฉ :

  • La correspondance du diocรจse de Luรงon, numรฉrisรฉe et disponible sur le site des Archives de Vendรฉe (cote : AHD Luรงon).ย 
  • Un article de Stรฉphane Gomis. โ€œ Tenir son rang โ€ ร  lโ€™รฉglise : le rรดle des bancs et des chaises en France sous lโ€™Ancien Rรฉgime. Session doctorale โ€œ Figures dโ€™appartenance โ€, Michel Cassan, Apr 2008, Limoges, France. pp.124-134. ffhal-01897969ff

Les actes notariรฉs, รฉgalement numรฉrisรฉs et consultables sur le site des Archives de la Vendรฉe : on y trouve des baillettes pour les places dans les รฉglises, des actes de communautรฉ, mais aussi des procรจs-verbaux dโ€™adjudication de places accompagnรฉ des relevรฉs des sommes perรงues. 

Un dernier document ร  noter : le registre des recettes de location des bancs et des chaises de l’รฉglise Saint-Louis ร  La Roche-sur-Yon, cotรฉ 1 J 2057 (juin 1828-janvier 1830). Je ne lโ€™ai pas utilisรฉ ici, mais sa consultation permet de se rendre compte les sommes pouvant รชtre allouรฉes ร  la location de bancs dโ€™รฉglises. 

Challenge UproG

Un manรจge, un cadran solaire, une flรจche…

Challenge Upro-G – Rรฉcap du mois de mars 2025

  • Carnaval

Quand jโ€™ai tapรฉ le mot โ€œcarnavalโ€ dans la barre de recherche du site des Archives de Vendรฉe, jโ€™ai eu beaucoup de rรฉsultats, dont de nombreux extraits vidรฉo (si รงa vous intรฉresse). Mon choix sโ€™est ici portรฉ sur une carte postale datรฉe de 1907, reprรฉsentant un groupe de personnes costumรฉes. Nous sommes ร  Fontenay-le-Comte, lors de la Fรชte des Fleurs.

Cette carte postale est cotรฉe 1 Num 1-67-165. 

Elle est disponible sur ce lien.

  • Une flรจche

Les รฉglises sont souvent des repรจres gรฉographiques dans la vie des gens. 

A Bouin, sur la cรดte nord vendรฉenne, la flรจche de lโ€™รฉglise a รฉtรฉ reconstruite dans la seconde moitiรฉ du XIXe siรจcle.ย 

Du fait de sa position gรฉographique, lโ€™รฉglise de Bouin possรจde un enjeu stratรฉgique pour les marins. Sa flรจche sert dโ€™amer, cโ€™est-ร -dire de point de repรจre fixe et identifiable sans ambiguรฏtรฉ par les marins. Outre les flรจches dโ€™รฉglise, une tour, un chรขteau dโ€™eau, un phare sont dโ€™autres exemples dโ€™amers. Il sโ€™agit, pour les marins cรดtiers, de se repรฉrer et de positionner leur navire de faรงon prรฉcise sur une carte.

Le plan que jโ€™ai choisi est le projet de maรงonnerie de la flรจche. Il date du 31 janvier 1852, et a รฉtรฉ dressรฉ par lโ€™ingรฉnieur Pelaud. 

Il est consultable sur le site des Archives de Vendรฉe, sous la cote (Fi)-4 S SUPPL 32-6. 

  • Une maison de garde-barriรจre

Voici celle de la gare de Mouchamps, dans le bocage vendรฉen. 

Cette carte postale fait partie dโ€™un ensemble de 4 cartes, cotรฉes 1 Num 20 3 377. Elles sont consultables sur le site des Archives de Vendรฉe, ICI.

Le site internet de la commune de Mouchamps nous donne quelques indications historiques sur la gare : 

โ€œCโ€™est le 27 juillet 1914 que la gare de Mouchamps, desservant la ligne Fontenay-le-Comte โ€“ Cholet, est ouverte. Les premiers voyageurs sont les soldats mobilisรฉs pour la Premiรจre Guerre mondiale.

Fermรฉe dans les annรฉes 1950, la gare prรฉsente lโ€™architecture typique des gares de la rรฉgion. On reconnaรฎt le bรขtiment des voyageurs.

Le hangar ร  marchandises sert aujourdโ€™hui de vestiaires ร  la salle de sports. La commune conserve de nombreuses traces de lโ€™ancienne ligne, dont le viaduc ร  une arche de Courgeon qui enjambe le Petit Lay.โ€

  • Un manรจge

Suite ร  mes recherches sur mon ancรชtre Georges, internรฉ ร  lโ€™asile de la Grimaudiรจre en Vendรฉe, jโ€™ai approfondi mon รฉtude au bรขtiment mรชme de lโ€™asile. Jโ€™avais envie de concrรฉtiser le sรฉjour de mon aรฏeul en visualisant les piรจces citรฉes dans les sources รฉcrites. Les plans de lโ€™asile sont consultables, et dans lโ€™un dโ€™entre eux, jโ€™ai trouvรฉ un manรจge ! 

Bien entendu, ce nโ€™est pas un carrousel, mais un manรจge permettant de puiser de lโ€™eau pour alimenter lโ€™asile. On le voit ร  gauche de la partie blanche ajoutรฉe au plan.

Ce plan date du 20 mars 1846, et a รฉtรฉ dressรฉ par M. Malet, architecte du Dรฉpartement.

Cโ€™est un plan de coupe tirรฉ du dossier du projet de construction de lโ€™asile, nous indiquant les niveaux de la riviรจre et des terrains, ainsi que lโ€™installation du manรจge. Il est tirรฉ de la liasse 4 N 152, et est consultable ICI :ย 

  • Un cadran solaire

En escapade ร  Rennes, lors du Forum des Archivistes 2025, jโ€™ai eu la chance dโ€™assister ร  une visite culturelle intitulรฉe โ€œTrรฉsors cachรฉsโ€ au cours de laquelle nous avons pu accรฉder ร  plusieurs cours dโ€™hรดtels particuliers. Nous avons dรฉcouvert la face cachรฉe des faรงades dโ€™immeubles du centre historique de Rennes, je vous en mets quelques exemples : 

Notre visite se terminait par l’incontournable Parlement de Bretagne, et sur sa faรงade : un cadran solaire !ย 

Challenge UproG

Un costume rรฉgional, une halle ferroviaire…

Challenge Upro-G – Rรฉcap de fรฉvrier 2025

Petit rรฉcapitulatif des 4 derniรจres semaines du challenge photographique proposรฉ par l’Upro-G (association de gรฉnรฉalogistes familiaux). Vous y trouverez un peu plus d’informations que dans les posts Instagram, j’espรจre que รงa vous plaira ! Bonne lecture !

  • Une halle ferroviaire

Pour cette 6e semaine, jโ€™ai choisi la halle ferroviaire ou halle ร  marchandises de la gare de Benet, dans le sud de la Vendรฉe. Pour lire lโ€™รฉtude globale faite par le Service de lโ€™inventaire du Patrimoine des Pays-de-Loire, cโ€™est lร  : https://gertrude.paysdelaloire.fr/dossier/IA85003457

La halle est construite vers 1868, tout au nord des autres bรขtiments de la gare.  

Halle ferroviaire de la gare de Benet (Vendรฉe), vue avant – Photographie : Yannis Suire

Les autres bรขtiments de lโ€™ensemble (en violet sur le plan ci-dessous) sont la gare en elle-mรชme, un petit abri pour les voyageurs jouxtant la gare (vers le centre du plan), et tout au sud, la maison du garde-barriรจre.ย 

La gare de Benet est mise en service le 29 dรฉcembre 1869, le mรชme jour que celle de la ligne de chemin de fer allant de Niort ร  Cholet en passant par Bressuire. Cette ligne ferroviaire est gรฉrรฉe par la Compagnie des Chemins de fer dโ€™Orlรฉans. 

En 1939, la ligne allant vers Bressuire ferme pour les voyageurs, et en 1971 pour les marchandises. Les voyageurs utilisaient alors un omnibus entre 1940 et 1969.

Aujourdโ€™hui, le bรขtiment de la gare de Benet est une habitation. 

Voici le descriptif architectural dressรฉ par Yves Guillotin, et consultable sur le site du Service de lโ€™inventaire du patrimoine : 

โ€œ Au nord, enfin, un peu ร  l’รฉcart de la voie ferrรฉe et au bord de la route de Lesson, se dresse l’ancienne halle aux marchandises. Ce grand bรขtiment de plan rectangulaire comprend un soubassement, un rez-de-chaussรฉe surรฉlevรฉ et un รฉtage. Il se distingue par ses ouvertures ร  linteau en arc segmentaire, notamment, cรดtรฉ nord, une large porte charretiรจre encadrรฉe par deux grandes baies. Le toit, en ardoise, forme un auvent cรดtรฉ nord, soutenu par une charpente en bois.โ€

  • Un courrier hospitalier

Jโ€™ai dรฉjร  รฉvoquรฉ cet ancรชtre sur ce blog : Pรฉpรฉ Franรงois, qui en rรฉalitรฉ sโ€™appelait Georges.

Jโ€™ai choisi de le rรฉ-รฉvoquer pour la semaine 7 du challenge, par le courrier attestant de la sortie dโ€™asile de Franรงois.ย 

Ce courrier est adressรฉ au Prรฉfet de la Vendรฉe, et rรฉdigรฉ par le Mรฉdecin-Directeur de lโ€™asile dรฉpartemental. Il date du 1er mars 1932.

Voici ce quโ€™on peut y lire : 

โ€œ Jโ€™ai lโ€™honneur de vous faire connaitre que M. Giraudet Georges-Louis-Franรงois, domiciliรฉ au Boupรจre, admis volontairement comme pensionnaire de 2e classe le 11 juillet 1930, a quittรฉ lโ€™รฉtablissement hier, 29 fรฉvrier 1932, sous la conduite de sa femme, se rendant au Boupรจre โ€œ.

Ce courrier marque la fin de presque deux annรฉes de traitement dโ€™anxiรฉtรฉ et de mรฉlancolie sรฉvรจre (pour reprendre les mots des rapports mรฉdicaux), causรฉs par la Premiรจre Guerre mondiale. Toutefois, ce nโ€™est pas la fin des symptรดmes, Franรงois nโ€™est pas guรฉri. Le restant de sa vie sera ponctuรฉ de comportements plus ou moins dangereux pour lui et son entourage (famille et voisins).

  • Un costume rรฉgional

Au Boupรจre, en Vendรฉe, sont nรฉs les Joyeux Vendรฉens, groupe folklorique. En recherchant une illustration dโ€™un costume rรฉgional pour la 8e semaine du challenge, je suis tombรฉe sur une sรฉrie de photographies de ce groupe folklorique, prises en partie au chรขteau de la Bonneliรจre (Saint-Michel-Mont-Mercure, en Vendรฉe).

La photo ci-dessus vient du site Delcampe, mais un ensemble numรฉrisรฉ est รฉgalement disponible sur le site des Archives de Vendรฉe, sous la cote 1 Num 1-292-130 : 

Le Boupรจre. – Le groupe folklorique « Les Joyeux Vendรฉens » : la troupe en costume et coiffe traditionnels sur le perron d’une maison (vue 1), attablรฉe dans une cuisine (vue 2), dans la cour intรฉrieure de chรขteaux (vues 3-4), ร  la fontaine de Charzais (vue 5) / Lucien Pilorget phot. (vue 1). – Archives de la Vendรฉe

Dans cet ensemble, les vues 2 et 3 sont prises au chรขteau de la Bonneliรจre : dans la cuisine et devant le chรขteau. La premiรจre vue a รฉtรฉ prise, quant ร  elle, devant la salle de lโ€™Oasis au Boupรจre. Quant aux deux derniรจres photographies, je nโ€™ai pas pu identifier le lieu.

Toutefois, ces images nous donnent quelques exemples des costumes rรฉgionaux du bocage vendรฉen.

  • Des thermes romains

Quand jโ€™ai vu ce thรจme, je pensais sincรจrement ne pas en trouver en Vendรฉe. Et bien, bien mal mโ€™en a pris, car en 1859, lโ€™abbรฉ Baudry publie une รฉtude sur des vestiges romains dรฉcouverts sur la commune du Bernard.ย ย 

Cette รฉtude est publiรฉe dans lโ€™Annuaire dรฉpartemental de la Sociรฉtรฉ dโ€™Emulation de la Vendรฉe. On la trouve numรฉrisรฉe sur le site des Archives de Vendรฉe.

Dans cette รฉtude, une coupe longitudinale des termes romains nous donne une idรฉe de lโ€™importance de lโ€™installation. Ce plan est dressรฉ par lโ€™architecte M. L. Ballereau. Cโ€™est cette image que jโ€™ai sรฉlectionnรฉ.

Je ne suis pas une spรฉcialiste de lโ€™Histoire antique, je ne vais donc pas faire ici un descriptif des thermes, elle serait imprรฉcise et certainement fausse. Toutefois, en lisant lโ€™analyse de lโ€™abbรฉ Baudry, on apprend quโ€™aucun autre site de thermes romains nโ€™a รฉtรฉ dรฉcouvert sur le territoire de la Vendรฉe. 

De plus, il nous explique que lโ€™entiรจretรฉ du site nโ€™a pu รชtre dรฉcouverte, du fait d’โ€assez grandes difficultรฉsโ€ (quโ€™il ne nous explique pas). Malgrรฉ cela, il note lโ€™importance du site : il nous dit que les vestiges dรฉjร  retrouvรฉs : 

La suite de lโ€™article est la description dรฉtaillรฉe des รฉlรฉments composant le site. Je vous invite ร  suivre le lien pour la dire entiรจrement.

Jโ€™en viens directement ร  la conclusion de lโ€™รฉtude. Dans lโ€™avant-dernier paragraphe, lโ€™abbรฉ Baudry indique que, selon, lui ces thermes รฉtaient publics : 

Le lien vers lโ€™article complet : 

FouillesduBernard(Vendรฉe).Deuxiรจmeannรฉe,Antiquitรฉsgallo-romaines/l’AbbรฉFerd.Baudry. – Visionneuse – Archives dรฉpartementales de la Vendรฉe

Challenge UproG, Challenges photographiques

Un pigeonnier, un carreau…

Un mois de photos pour le dรฉfi UproG

En temps normal, quand on participe au challenge Upro-G (qui est une association regroupant des gรฉnรฉalogistes familiaux, https://upro-g.fr/), on doit publier une photo par semaine, sur une thรฉmatique donnรฉe.

Comme je suis en retard, j’ai publiรฉ les cinq premiรจres semaines d’un coup.

  • Semaine 1 – Un pigeonnier

Voici l’entrรฉe du pigeonnier du chรขteau de Trecesson, dans le Morbihan.

Entrรฉe du pigeonnier du chรขteau de Trecesson (photographie personnelle)

L’intรฉrieur du pigeonnier compte 1800 boulins. Le boulin est une sorte de niche, destinรฉe ร  abriter le pigeon. Le boulin est un indicateur de la richesse du propriรฉtaire. Un boulin correspond ร  1/2 hectare de terre. Ici, nous avons 1800 boulins soit une superficie de 900 hectares ร  la construction du chรขteau.

  • Semaine 2 – Une charcuterie rรฉgionale

J’ai choisi de vous parler de la fressure ! Je pense que tous les Vendรฉens connaissent la fressure. C’est une sorte de pรขtรฉ fait ร  partir de sang de porc. Quand on tuait un porc, on ne laissait rien. Le sang รฉtait recueilli, on le faisait bouilli avec du pain, des oignons. On la mange chaude ou froide, avec du pain, de la mogette, de la salade.

Les images que je vous ai choisies sont issues des fonds des Archives de Vendรฉe, sous la cote BIB6394. On y voit le recueil du sang et le brassage de la fressure.

Cartes postales issues de la bibliothรจque historique – Archives dรฉpartementales de Vendรฉe – BIB6394
  • Semaine 3 – Un ล“il-de-bล“uf

Au cours d’une balade ร  Landerneau dans le Finistรจre, un ล“il-de-bล“uf…

Photographie personnelle
  • Semaine 4 – Une tapisserie

Celle de lโ€™Apocalypse, au Chรขteau d’Angers.

Elle a รฉtรฉ rรฉalisรฉe ร  la fin du XIVe siรจcle, suite ร  une commande du du Louis 1er d’Anjou. Elle reprรฉsente l’Apocalypse de Jean de Patmos.

Actuellement, elle mesure 104 mรจtres. Mais ร  l’origine, elle mesurait environ 140 mรจtres de long et 6 mรจtres de haut. Elle se compose de 6 piรจces, ou tableaux. La tenture a รฉtรฉ lรฉguรฉe ร  la cathรฉdrale d’Angers au XVe siรจcle par le roi Renรฉ.

Si vous souhaitez une description dรฉtaillรฉe de chaque tableau, n’hรฉsitez pas ร  jeter un ล“il sur le site internet du chรขteau.

Extrait de la tapisserie de l’Apocalypse – Photographie : Domaine national du Chรขteau d’Angers
  • Semaine 5 – Un carreau

Voici un azulejo. Il s’agit d’un carreau de faรฏence typique du Portugal (notamment). Cet ensemble se trouve dans le jardin de la quinta d’Almeida, ร  Caide de Rei, ร  l’est de Porto.

Photographies personnelles

On trouve des ensembles d’azulejos un peu partout au Portugal. Un exemple est celui de la gare de Porto.

Challenge UproG, Challenges photographiques

Le mystรจre de Montrouge

Challenge Upro-G – Fรฉvrier – Un fait divers

Pour prรฉparer ce post, je me suis plongรฉe dans les journaux anciens en ligne (sur le site des Archives dรฉpartementales de la Vendรฉe), et notamment dans les exemplaires dโ€™un journal intitulรฉ La Vendรฉe Rรฉpublicaine : http://recherche-archives.vendee.fr/archives/fonds/FRAD085_4num291 .

Jโ€™avais dรฉjร  eu lโ€™occasion de fouiller dans ce journal, notamment dans les tous petits articles mentionnant les faits divers ayant eu lieu dans rรฉgion. Ils relatent des faits variรฉs dont certains sont truculentsย :

La Vendรฉe Rรฉpublicaine, dรฉcembre 1886 – 4 Num 291/1
La Vendรฉe Rรฉpublicaine, dรฉcembre 1886 – 4 Num 291/1

Mais lโ€™un dโ€™eux a particuliรจrement attirรฉ mon attention. Il sโ€™agit de celui-ciย :

La Vendรฉe Rรฉpublicaine, dรฉcembre 1886 – 4 Num 291/1

La dรฉcouverte dโ€™une partie de corps humain est assez rare dans une ville comme la Rochelle. Mais ce qui a piquรฉ ma curiositรฉ nโ€™est pas tant la dรฉcouverte que la rรฉfรฉrence ร  la femme dรฉcoupรฉe en morceaux de Paris.

Jโ€™ai donc voulu chercher cette femme.

Pour situer le contexte, M. Taylor, mentionnรฉ dans lโ€™article, est le Chef de la Sรปretรฉ de Paris entre 1885 et 1887. Cโ€™est son service qui est en charge de lโ€™affaire. Le cadavre de cette femme a รฉtรฉ trouvรฉ le 05 aoรปt 1886 ร  Montrouge (sud de Paris). Selon les archives anthropologiques, il sโ€™agit dโ€™une femme de 22 ans, dรฉpecรฉe en 7 morceaux. Le magasine Dรฉtective revient sur cette affaire dans un long article sur les dรฉpeceurs, en avril 1938. On y apprend que la tรชte de la victime manquait au moment oรน elle a รฉtรฉ dรฉcouverte.

Archives de l’anthropologie criminelle – Tome 1 – 1886

Jโ€™ai continuรฉ mes recherches avec la presse. Le Journal de Roubaix, en novembre 1900, nous fait un รฉtat, une sorte dโ€™รฉtude, sur les dรฉpeceurs. Dans cet article, le journaliste parle de plusieurs cas de dรฉpeรงage, et notre affaire y apparait. Malheureusement, elle est relatรฉe dans les affaires non รฉlucidรฉes. Toutefois, quelques informations supplรฉmentaires viennent complรฉter mes recherchesย : les morceaux de la femme de Montrouge avaient รฉtรฉ ยซย enveloppรฉs dans une toile cirรฉe blanche, du genre de celles qui servent ร  couvrir la table de famille, dans les mรฉnages pauvresย ยป. Une sorte de fil ร  fouet a รฉgalement รฉtรฉ utilisรฉ pour nouer la toile, accompagnรฉe dโ€™un morceau dโ€™รฉtoffe. Lโ€™auteur nous apprend que cette toile a รฉgalement รฉtรฉ utilisรฉe dans un autre meurtre ร  Mรฉnilmontant (20e arrondissement de Paris) en 1886. Sur cette affaire, lโ€™assassin avait fait deux paquets avec les restes de sa victime et les avait jetรฉs ร  deux endroits. Mรชme chose que pour le meurtre de Montrouge, deux ans plus tard. On peut donc รชtre en droit de se poser la question d’un mรชme assassin pour ces deux affaires…

Extrait de l’article du Journal de Roubaix – Novembre 1900

J’ai fait la demande du dossier d’instruction ร  la Prรฉfecture de Paris. Je suis pour l’instant dans l’attente de la rรฉponse des services, je ne manquerais pas de vous tenir au courant !

Donc, ร  ce jour, le mystรจre de Montrouge (et par extension celui de Mรฉnilmontant) reste entier.

Challenge UproG, Challenges photographiques

La cloche de brume

Challenge Upro-G – Janvier – Une cloche

Quand la mer joue des tours aux marins et aux habitants des cรดtes, il est bon de trouver des moyens de se protรฉger. La cloche de brume (ou corne de brume) en est un.

Les bateaux en sont tous dotรฉs.

Mais je voulais vous parler de celles qui sont installรฉes sur les cรดtes et dans les ports, afin de permettre aux marins de trouver facilement leur chemin par temps bouchรฉ. Les cloches de brume ont le mรชme rรดle que les phares, en utilisant le son. Un code est dโ€™ailleurs employรฉ et connu des marins, selon les messages ร  faire passer.

En Vendรฉe, on trouve des cloches de brumes dans plusieurs ports, et notamment celui de Port-Joinville sur lโ€™Ile dโ€™Yeu. Le Conseil gรฉnรฉral de la Vendรฉe en a demandรฉ lโ€™installation ร  lโ€™extrรฉmitรฉ de la jetรฉe nord-ouest du port en 1889. Il souhaitait alors coupler cette installation avec la mise en place dโ€™une sirรจne dans ยซย le grand phare de lโ€™รฎleย ยป.

Grand Phare de l’Ile d’Yeu – Source : site internet des Phares de France

La sirรจne du phare ne sera installรฉe que plus tardivement, car elle dรฉpend de lโ€™alimentation รฉlectrique du phare, elle-mรชme ajournรฉe.

Toutefois, la cloche est jugรฉe nรฉcessaire pour ยซย assurer, en temps de brume, aux embarcations de pรชche et au bateau-poste de lโ€™Ile dโ€™Yeu les moyens de ne pas manquer lโ€™entrรฉe du port ร  lโ€™heure de la marรฉeย ยป (lien vers les actes du Conseil gรฉnรฉral de Vendรฉe).

La cloche sera finalement mise en place ร  lโ€™extrรฉmitรฉ de la passerelle de la Galiotte, et ce, sur conseil des ingรฉnieurs des Ponts et Chaussรฉes. Le montant des travaux est estimรฉ ร  520 francs, et est financรฉ par le Conseil gรฉnรฉral. La commune de Port-Joinville assure en contrepartie les frais de fonctionnement du signal sonore. La cloche รฉtait actionnรฉe manuellement par les habitants.

La passerelle de la Galiotte, ou estacade, a รฉtรฉ construite, quant ร  elle en 1880. Elle mesure 205 mรจtres de long et รฉtait utilisรฉe comme chemin de halage pour accoster au retour de la pรชche. Aujourdโ€™hui, la passerelle de la Galiotte est en cours de dรฉconstruction.

En 1930, la cloche de brume de Port-Joinville a รฉtรฉ emportรฉe par une tempรชte comme le tรฉmoigne lโ€™article ci-dessous.

La Parole Rรฉpublicaine – 08 fรฉvrier 1930 – Source : Archives dรฉpartementales de Vendรฉe

Les cloches du port de lโ€™Herbaudiรจre (sur lโ€™รฎle de Noirmoutier, et en image ci-dessous) et du port de Saint-Gilles ont รฉtรฉ installรฉes en 1899.

Archives dรฉpartementales de Vendรฉe – 1 Num 381-41
Morceaux de vies

Louis, le bagnard de Cayenne

ร‰pisode 3/3

Si vous avez manquรฉ le dรฉbut : รฉpisode 1

Louis DAVID est arrรชtรฉ le 16 octobre 1937, incarcรฉrรฉ ร  Nantes, puis ร  Fresnes, et enfin ร  Ensisheim (prรจs de Mulhouse). Le 10 octobre 1938, il est amenรฉ ร  lโ€™Ile de Rรฉ dโ€™oรน partent les bateaux pour la Guyane. Le dรฉpart est prรฉvu le 22 novembre 1938, de Saint-Martin-en-Rรฉ, il se fera finalement le lendemain, pour cause de mauvaise mรฉtรฉo.

Unย article de presse de lโ€™Ouest-Eclair nous raconte ce dรฉpart :

Ouest-Eclair – 29 novembre 1938

609 condamnรฉs embarquent, le bateau prend le large ร  17h. Les prisonniers dรฉbarquent le 13 dรฉcembre dans le port de Saint-Laurent-du-Maroni.

A partir de lร , pour continuer mes recherches, je me suis tournรฉe vers les Archives nationales dโ€™outre mer (ANOM) basรฉes ร  Aix-en-Provence. Ce dรฉpรดt dโ€™archives conserve notamment les dossiers individuels des condamnรฉs au bagne. Toutefois, ne pouvant pas mโ€™y rendre directement, jโ€™ai fait appel ร  une connaissance sur place qui a fait des photographies du dossier de Louis DAVID.

Le dossier individuel de Louis DAVID nous apprend une multitude de choses quant ร  son sรฉjour ร  Saint-Laurent-du-Maroni.

Commenรงons par les notices individuelles  รฉtablies pour chacune des condamnations ayant valu ร  Louis la relรฉgation. Au 16 novembre 1937, Louis a 9 condamnations antรฉrieures. La derniรจre, pour vols, a eu lieu au Tribunal de Nantes le 03 novembre 1937. 6 mois de prison et la relรฉgation. On y apprend รฉgalement quelques รฉlรฉments de sa vie : Louis est cultivateur ร  son compte, ร  Blain. Toutefois, il nโ€™a pas dโ€™exercice rรฉel de sa profession, vit dans lโ€™oisivetรฉ et est apte au travail. De plus, il vit dโ€™expรฉdients, ne participe pas ร  lโ€™entretien de sa famille. Il est รฉgalement mal notรฉ dans sa commune, pratique le libertinage et la dรฉbauche, et ne vit pas en concubinage.

Sur la notice suivante, datant du 01 dรฉcembre 1937, Louis est sans profession et sโ€™adonne ร  lโ€™ivrognerie, en plus de tous les รฉlรฉments ci-dessus. On apprend รฉgalement quโ€™il est interdit de sรฉjour dans lโ€™arrondissement de Nantes, interdiction quโ€™il a, apparemment, bravรฉe.

On lit รฉgalement quโ€™il est ยซ apte ร  la relรฉgation et au travail, et peut รชtre utilement employรฉ dans les travaux de culture ยป.

Les prisonniers relรฉguรฉs sont classรฉs en deux catรฉgories de relรฉgationย : lโ€™individuelle et la collective (pour plus de prรฉcisions, c’est ici).

Pour dรฉterminer la catรฉgorie dans laquelle le prisonnier est placรฉ, une Commission de classement รฉtudie chaque cas et donne un avis. Dans le cas de Louis DAVID, le directeur de la prison dโ€™Ensisheim, ainsi que le Prรฉfet de Loire-Infรฉrieure รฉmettent un avis favorable ร  la relรฉgation collective. La Commission de classement du 08 novembre 1938 confirme cet avis : ยซ pas lieu dโ€™admettre au bรฉnรฉfice de la relรฉgation individuelle, ni de lui accorder de dispense de dรฉpart, a lieu de le diriger vers la Guyane ยป. Louis DAVID est, selon ce mรชme avis, en ยซ bon รฉtat gรฉnรฉral, sans ressources et voleur incorrigible ยป. Il est classรฉ en relรฉgation collective.

Comme nous lโ€™avons vu plus haut, Louis DAVID arrive en Guyane le 13 dรฉcembre 1938. Pendant environ une annรฉe, Louis DAVID ne fait pas parler de lui. Au dรฉbut du mois de novembre 1939, il est arrรชtรฉ ยซ sur la route du chantier forestier avec son co-relรฉguรฉ Durnstein, possesseur de palettes quโ€™ils venaient de dรฉrober ยป (mention faite sur le bulletin de demande de punition datรฉ du 13 novembre 1939 inhรฉrent ร  cette arrestation). La condamnation suite ร  ce mรฉfait est de 15 jours sans salaire, par la Commission disciplinaire du 18 novembre 1939.

Le 27 fรฉvrier 1940, Louis DAVID est de nouveau condamnรฉ ร  6 mois de dรฉtention pour escroqueries par le tribunal de premiรจre instance de Maroni.

Le 24 septembre 1939, Louis DAVID sโ€™รฉvade. Il est signalรฉ par procรจs-verbal de constatation dโ€™absence du 25 septembre 1939. Il part de Saint-Louis, traverse le fleuve Maroni grรขce ร  des membres de la tribu Bosch, qui รฉchangent sa traversรฉe contre sa vareuse de laine. Il a ensuite travaillรฉ pendant 21 jours pour une tribu bosch, puis 33 jours pour la police hollandaise. On trouve ces รฉlรฉments rapportรฉs par Louis DAVID lui-mรชme dans le rapport de son interrogatoire ayant eu lieu le 18 novembre 1940. Il est ensuite condamnรฉ ร  18 mois de prison et 31.20 francs dโ€™amende le 26 novembre 1940.

Au dรฉbut de lโ€™annรฉe 1942, Louis DAVID engage une procรฉdure de demande de libรฉration conditionnelle auprรจs du Procureur. A cette รฉpoque, il est en mauvaise santรฉ, la malaria sรฉvit dans le camp. Pas moins de quatre รฉchelons administratifs sont ร  gravir, quatre avis sont ร  obtenir avant la dรฉcision finale : la Commission disciplinaire de dรฉpรดt de relรฉgation le 27 janvier 1942, le juge de paix le 24 mars, le Procureur gรฉnรฉral le 04 avril et le Chef des services pรฉnitentiaires coloniaux le 15 avril. Tous ces avis sont dรฉfavorables. Louis DAVID a รฉtรฉ condamnรฉ ร  45 jours de cellule pour ยซ dissipation dโ€™effets et mauvaise volontรฉ au travail, et dรฉfaut de tรขche ยป. Il est รฉgalement qualifiรฉ de ยซ travailleur mรฉdiocre ยป, et on juge quโ€™il ยซ ne mรฉrite pas la faveur quโ€™il sollicite ยป. Le Gouverneur rend sa dรฉcision finale le 15 juin 1942 : ยซ Rejetรฉ ยป.

Louis DAVID meurt le 10 mars 1942, ร  05h30, ยซ des suites dโ€™une dysenterie aigรผe chez un cachectique ยป (selon le bulletin de dรฉcรจs รฉmis ร  Saint-Laurent-du-Maroni ยป, soit trois mois avant que la dรฉcision le concernant soir rendue.


Ainsi se termine l’histoire de Louis DAVID, le bagnard de Cayenne.

Merci ร  Jean-Louis pour m’avoir permis de travailler sur cette histoire, j’ai appris beaucoup de choses sur le bagne, sur la relรฉgation, sur les conditions de vie des prisonniers, sur le contexte historique de l’รฉpoque.

Morceaux de vies

Louis, le bagnard de Cayenne

ร‰pisode 2/3

La relรฉgation, c’est quoi ?

Cette semaine, je voulais vous faire une petite prรฉsentation de ce qu’est la relรฉgation. Cela fait suite ร  l’article de la semaine (ici) derniรจre sur Louis DAVID, le bagnard de Cayenne, qui a รฉtรฉ condamnรฉ ร  la relรฉgation. Ce nous permettra de comprendre ensuite les conditions de vie de Louis ร  Saint-Laurent-du-Maroni pendant les derniรจres annรฉes de sa vie.

Entrรฉe du bagne de Saint-Lauren-du-Maroni – ยฉ wikimedia commons – Davric

La relรฉgation, c’est quoi ?

La relรฉgation est un internement ร  perpรฉtuitรฉ en Guyane ou en Nouvelle-Calรฉdonie, de criminels ou de dรฉlinquants rรฉcidivistes. Les dรฉlits sont le plus souvent mineursย : vol simple, rupture de ban, vagabondage.

Est condamnรฉe ร  la relรฉgation une personne ayant commis un certains nombre dโ€™infractions, et purgรฉ un nombre de peines dรฉfini. Si toutes les infractions sont inscrites au casier judiciaire, le juge a pour obligation de prononcer la relรฉgation.

Les condamnรฉs sont alors appelรฉs ยซ incorrigibles ยป.

ยซย Les rรฉcidivistes incorrigibles forment une armรฉe toujours prรชte pour le dรฉsordre et la guerre civileย : on en a fait une cruelle expรฉrience lors de lโ€™insurrection de la Commune de Paris. Il en sera ainsi dans toutes les occasionsย : le rรฉcidiviste, dรฉshabituรฉ du travail, aigri par le sรฉjour des prisons, devient lโ€™ennemi irrรฉconciliable de lโ€™ordre socialย ยป

(Haussonville, 1874).

De quand date la relรฉgation ?

Elle a รฉtรฉ instaurรฉe par une loi du 27 mai 1885, dite loi Waldeck-Rousseau. Elle a รฉtรฉ votรฉe ร  une รฉcrasante majoritรฉ.

ยซย Je pars, moi, de cette idรฉe quโ€™il y a des incorrigibles et quโ€™un certain nombre de condamnations ร  raison des faits, de certains dรฉlits font la preuve de cette incorrigibilitรฉ. […] je crois fermement, profondรฉment, ce qui est la raison dโ€™รชtre de la loi elle-mรชme, quโ€™il y a des natures incorrigibles, des hommes vis-ร -vis desquels il faut prendre des mesures spรฉciales et pour lesquels les peines ordinaires ne suffisent pasย ยป

(Waldeck-Rousseau, 1885).

Combien de personnes ont รฉtรฉ relรฉguรฉes ?

Entre 1887 et 1953, 17 375 hommes et 519 femmes ont รฉtรฉ relรฉguรฉes en Guyane.

Lโ€™espรฉrance de vie y รฉtait de 6 ans. La mortalitรฉ a beaucoup augmentรฉ pendant la Seconde guerre mondiale.

Comment รงa marche ?

La relรฉgation est le rรฉsultat dโ€™une ยซ trajectoire criminelle ยป. Lโ€™ensemble des condamnations est pris en compte, ce nโ€™est pas le rรฉsultat dโ€™un dernier acte criminel. Cโ€™est ce critรจre qui donne le caractรจre incorrigible ร  la personne condamnรฉe.

On voit dans le relรฉguรฉ un homme qui ne pourra jamais se comporter autrement que dans la dรฉlinquance. Cโ€™est comme un trait de caractรจre.

La relรฉgation est alors perรงue comme un moyen dโ€™endiguer la rรฉcidive. Elle est vue comme une mesure de dรฉfense sociale.

Deux volets

La relรฉgation a dโ€™abord un volet rรฉpressif : elle permet ร  la mรฉtropole de se dรฉbarrasser des individus dont elle ne veut plus sur son sol.

Le second volet est colonial : elle permet de fournir aux colonies une main dโ€™ล“uvre abondante et bon marchรฉ. Et elle peut รฉgalement permettre aux relรฉguรฉs les plus mรฉritants dโ€™avoir une vraie place dans la sociรฉtรฉ en sโ€™installant sur place, en ayant un travail et par consรฉquent en leur permettant de participer ร  la grandeur et au dรฉveloppement de lโ€™Empire colonial franรงais.

Deux rรฉgimes

La relรฉgation individuelleย :

Peuvent en bรฉnรฉficier les relรฉguรฉs ayant des moyens financiers suffisants pour se prendre en charge sur place, et cela doit รชtre accompagnรฉ dโ€™une bonne conduite pendant toute leur dรฉtention.

Les relรฉguรฉs individuels sont libres sur place, et ils ont la possibilitรฉ de trouver un travail ou dโ€™avoir une concession. Une seule condition : ne pas quitter la colonie.

La relรฉgation collectiveย :

Tous les autres : ceux qui nโ€™ont pas les moyens financiers nรฉcessaires. Dans ce cas, ils sont pris en charge par lโ€™Etat et doivent travailler pour lui. Cela prend la forme de travaux forcรฉs dans un pรฉnitencier (Saint-Jean-du-Maroni ou camps annexes).

La relรฉgation collective est perรงue par le lรฉgislateur comme une sorte de tremplin vers la relรฉgation individuelle. Car il est possible de passer de lโ€™une ร  lโ€™autre. Comment ? La premiรจre condition est la bonne conduite. La seconde condition est le versement dโ€™une caution de 100 francs. Le passage ร  la relรฉgation individuelle est donc trรจs rare. Dโ€™autant plus que les relรฉguรฉs individuels sont interdits de sรฉjour ร  Cayenne, donc interdits de sรฉjour dans un des seuls endroits oรน ils pourraient trouver du travail.

Vue du camp central des relรฉguรฉs et des locaux disciplinaires – ยฉ Collection particuliรจre Association Meki Wi Libi Na Wan.

Quelles conditions de vie ?

Les conditions de vie sont trรจs mauvaises, trรจs dures. Le manque de mรฉdicaments et de nourriture augmente la mortalitรฉ, surtout au moment de la Seconde guerre mondiale.

La plupart des prisonniers souffre du syndrome cachectique. Ce syndrome se caractรฉrise par plusieurs symptรดmes :

  • Pรขleur extrรชme des tรฉguments parfois, lividitรฉ 
  • Amaigrissement considรฉrable avec ล“dรจmes et bouffissure des membres infรฉrieurs ou de la face (plus ou moins accusรฉs) 
  • Anรฉmie profonde
  • Diarrhรฉe profuse

Le mรฉdecin ne peut pas enrayer cette situation, surtout depuis le dรฉbut de la guerre. Selon un de ses tรฉmoignages, la plupart des prisonniers sont dans un รฉtat ยซย lamentableย ยป et en dรฉtresse physiologique, notamment ceux maintenus en prison (ce qui est le cas de Louis DAVID en fรฉvrier 1942, nous le verrons dans le dernier รฉpisode de la sรฉrie).

Cette situation ne sโ€™amรฉliore guรจre, car le gouverneur de l’รฉpoque ne pense pas que lโ€™รฉtat des prisonniers soit du aux mauvaises conditions de dรฉtention et ร  lโ€™absence de nourriture. Selon lui, les dรฉcรจs sont dus ร  la ยซย mentalitรฉย ยป des relรฉguรฉsย :

ยซย Jโ€™ajoute que ce nโ€™est vraisemblablement pas pendant les heures de travail pour lโ€™Administration oรน les relรฉguรฉs sont sous la surveillance du personnel mais bien plus pendant les heures de travail pour la ยซย cameloteย ยป et la dรฉbrouilleโ€ฏqui nโ€™a pas dโ€™autre but que de permettre aux relรฉguรฉs de satisfaire leurs vices et leurs instincts anormaux ou de faciliter leurs tentatives particuliรจrement dรฉbilitantes dโ€™รฉvasion que leur santรฉ sโ€™altรจre. Pour se procurer des papillons, lโ€™osier, le raphia et les bois durs nรฉcessaires ร  la confection de petits objets destinรฉs ร  leur fournir des fonds pour des fins inavouables ou criminelles les relรฉguรฉs ne prennent aucun soin des conditions sanitaires des sols marรฉcageux quโ€™ils doivent traverser, de la qualitรฉ de lโ€™eau quโ€™ils boivent alors, ni aucune mesure dโ€™hygiรจne et cโ€™est ร  ce moment surtout quโ€™ils contractent les affections qui inquiรจtentโ€ฏยป.

Voici comment Albert Ubaud, fonctionnaire civil de lโ€™administration pรฉnitentiaire, dรฉcrit certains dโ€™entre eux ร  leur arrivรฉe au pรฉnitencier de Saint-Laurent comme de vรฉritables ยซ squelettes ยป :

ยซย Hommes squelettes.
Un jour que je me trouvais ร  lโ€™intรฉrieur de la maison de Dรฉtention, je vis une vingtaine dโ€™individus alignรฉs le long dโ€™un mur, nus comme pour une revue dโ€™incorporation. Cโ€™รฉtait des โ€œrelรฉguรฉsโ€ amenรฉs de Saint-Jean oรน se trouve le dรฉpรดt de la relรฉgation. Ils รฉtaient lร , tous nus sous le soleil, attendant dโ€™รชtre fouillรฉs avant de regagner le local qui leur รฉtait affectรฉ. Sur le sol รฉtaient placรฉs leurs vรชtements. ร€ quelque distance il sโ€™en trouvait une demi-douzaine adossรฉe au tronc dโ€™un arbre ร  pain ou couchรฉs sur le sol. Ceux-lร  nโ€™avaient pu aller plus loin. Ce nโ€™รฉtaient plus des hommesย : cโ€™รฉtait des squelettes. On avait lโ€™impression quโ€™ils venaient de sโ€™รฉchapper de lโ€™amphithรฉรขtre. Le spectacle รฉtait horrifiant. Lโ€™on se demandait comment certains dโ€™entre eux pouvaient encore se tenir debout. Aprรจs lโ€™inspection de leurs effets, ils durent se rhabiller. Alors, ce fut une scรจne navranteย ! La plupart de ceux qui tentรจrent de se baisser pour ramasser leurs hardes sโ€™effondrรจrent, lโ€™un aprรจs lโ€™autre, comme soufflรฉs. Ils ne purent se redresser seuls. On dut faire appel ร  des porte-clรฉs qui les transportรจrent ร  dos jusquโ€™au local, sous le clocher du Camp. Ceux qui se trouvaient adossรฉs ร  lโ€™arbre rejoignirent la case en se traรฎnant sur le sol comme des cul-de-jatteโ€ฏย ยป.


Pour en savoir plus sur la relรฉgation, je vous conseille de lire l’article suivant : https://www.cairn.info/revue-geneses-2013-2-page-71.htm

De plus, l’รฉmission de radio de France Inter, La Marche de l’Histoire, a รฉgalement consacrรฉ un รฉpisode sur le bagne de Cayenne : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-marche-de-l-histoire/le-bagne-de-guyane-2523474


Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour le troisiรจme et dernier รฉpisode sur l’histoire de Louis, le bagnard de Cayenne…

Merci !