Challenge UproG

Un moulin à vent, un puits, un annuaire

Challenge Upro-G – Récap du mois d’avril 2025

  • Un puits

Pour cette 15e semaine de challenge, le thème était un puits. Bon, j’ai commencé par chercher des puits dans les châteaux, les demeures, et puis j’ai eu un flash ! Un puits de mine ! Et en Vendée (car comme vous avez pu le constater, la plupart de mes posts concernent la Vendée 😁), une mine domine l’activité industrielle : celle de Faymoreau. En vérité, de nombreuses mines ont été creusées au cours des siècles en Vendée. Mais celle de Faymoreau est unique par la conservation exceptionnelle du site. En effet, les corons sont toujours là, la chapelle des ouvriers, l’ancien dortoir des verriers dans lequel se trouve aujourd’hui le musée. 

Petite histoire rapide des mines de Faymoreau (j’ai repris les grandes dates citées sur le site internet du Centre minier de Faymoreau : Centre Minier de Faymoreau) :

L’histoire de la mine commence en 1827 avec la découverte de charbon, par hasard, par un sabotier. On se trouve à Marillet, près de Faymoreau. En 1836, “une verrerie est créée pour consommer, sur place, le charbon de faible qualité destiné à alimenter les fours. Elle produit jusqu’à un million de bouteilles pour les régions de Cognac et Bordeaux, des bocaux ainsi que des cloches à jardin. D’autres entreprises consomment le charbon de Faymoreau dans le bassin minier : tuileries, briqueteries, fours à chaux…”.

Le premier coron est bâti en 1840 par la Société des Mines de Faymoreau, société exploitant le charbon, afin d’y loger les mineurs et leurs familles. Progressivement, le site devient une petite ville, avec sa chapelle, des écoles, d’autres corons. 

La mine voit de nouveaux débouchés s’offrir à elle par l’arrivée du chemin de fer en 1869. C’est la ligne Angers-Niort qui dessert directement la mine. On voit le tracé exact de la ligne sur différents plans consultables sur le site des Archives de la Vendée.

Le progrès technique continue dans la région avec la construction de la centrale électrique de Faymoreau, en 1922. Grâce à elle, l’électricité est distribuée en sud-Vendée, mais aussi dans une partie des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime. 

Malheureusement, les années 1950 sont synonymes de déclin pour la mine. La centrale s’arrête et le charbon s’épuise. La mine ferme définitivement le 28 février 1958, après 130 ans d’activité. 

La carte postale suivante représente un des puits de la mine, le puits du Centre. Elle date de 1907, et est cotée 1 Num 1-118-38, et disponible sur le site des Archives départementales de Vendée.

Un petit aperçu de l’étendue des bâtiments liés à la mine, et notamment la verrerie sur ce plan datant de 1835 (c’est un petit extrait du plan, pour en voir l’intégralité, c’est ICI). Il est coté (Fi)-5 M 149-1.

Si vous vous trouvez en Vendée cet été, n’hésitez pas à aller visiter le Centre minier ! C’est un endroit surprenant, où vous apprendrez beaucoup de choses sur l’histoire industrielle de la Vendée.

  • Un moulin à vent

Des moulins à vent, il en existe des centaines en Vendée. J’ai voulu faire un focus sur un lieu que j’ai découvert il y a moins d’un an, alors que j’ai grandi tout près (oui, c’est souvent comme ça !).

Il s’agit de la colline aux moulins à Mouilleron-en-Pareds. 

Photographie faisant partie d’un ensemble de 3 clichés datant du 11 novembre 1975.
La photographie est cotée 176 J 107.

Aujourd’hui, on compte 4 moulins restaurés sur les 8 encore visibles sur la colline. Cette colline, haute de 180 mètres, a accueilli 15 moulins (ils sont visibles sur le cadastre napoléonien de 1834).  Pour la petite histoire, les ailes de ces moulins étaient utilisées pour communiquer lors des Guerres de Vendée. Ils ont été entièrement détruits pendant la Révolution, puis reconstruits aux mêmes emplacements.

L’un de ces moulins appartenait à la famille De Lattre de Tassigny, et a été transformé en chapelle par Madame De Lattre de Tassigny à la mémoire de son mari et de son fils. 

Je vous mets la localisation : https://maps.app.goo.gl/g7GoBuejUUB8eGZj9

Et je vous mets également le lien pour consulter les autres photographies : c’est ICI !

Bonne visite ! 

  • Un annuaire

Pour cette semaine 18, on change radicalement de thème ! 

L’annuaire administratif de la Vendée (ici la couverture de son édition de 1865) nous permet, en généalogie et en recherches historiques, d’obtenir tout un tas d’informations sur un lieu, un territoire, des personnalités locales, des commerces, des entreprises. On y trouve même la liste des habitants des villes à partir de l’édition 1907. Ils sont publiés à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, avec une publication parfois interrompue. En Vendée, il paraît d’abord de 1863 à 1868, puis reprend de 1890 à 1926, et enfin de 1939 à 1947. 

Un vraie source, à découvrir ! 

Trucs et astuces

C’est quoi, un archiviste ?

C’est généralement la question qu’on me pose quand je mentionne mon métier dans une conversation. 

La réaction suivante est : “Ah, tu travailles dans une bibliothèque ou un truc comme ça ?” ou : “Ah, c’est des vieux papiers, ça ?”.

Avec cette image qui apparaît dans la tête de mon interlocuteur : 

Bon, on passe sur les idées reçues ?

Car oui, nous sommes une profession dynamique, jeune, moderne et tournée vers les nouvelles technologies ! 

Notre métier nous oblige à la curiosité, à l’adaptabilité et à ne pas rester sur nos acquis. Notre environnement de travail change constamment, que ce soit l’organisation des services (et donc des interlocuteurs), les méthodes de travail, la dématérialisation, nous devons savoir nous adapter à chaque situation.

Mais finalement, on fait quoi ? 

Pour résumer, nous sommes chargés de la gestion documentaire d’un organisme (public ou privé), c’est-à-dire que nous devons faire en sorte que la masse documentaire (papier et électronique) produite par un organisme soit collectée, conservée, et bien conservée (conditions physiques, intégrité, exactitude des informations) et accessible aux personnes le demandant.

Évidemment, dit comme ça, ça parait nébuleux. 

En quelques phrases, voici le quotidien d’un archiviste : 

  • On bouge des boîtes !
  • On cherche (et trouve) des informations ! 
  • On classe des papiers !
  • On fait des expos !
  • On vide des bureaux ! 
  • On élimine !
  • On accueille des gens, beaucoup de gens !
    • Des particuliers
    • Des professionnels (agents immobiliers, notaires, architectes)
    • Des membres d’associations (Histoire locale)
    • Des scolaires (notamment pour les JEP)
  • On parle de durée d’utilité administrative, de fantôme et de recolement !
  • On inventorie !
  • On rebouge des boîtes !

Quelques exemples de ce qu’un archiviste peut faire dans une semaine : 

  • Aller chercher 40 boîtes au service Ressources humaines. Ouf, on a un chariot !
  • Accueillir trois agents immobiliers et un architecte qui recherchent les plans de la maison sur laquelle ils travaillent. Ouf, on a les permis de construire depuis 1945-1947 (1923 pour la ville de la Baule-Escoublac, où je travaille).
  • Faire une recherche sur l’avion américain tombé en 1943 dans la forêt d’Escoublac, dans le cadre d’une commémoration et de la création d’un parcours historique dans la forêt. Ouf, on a des infos sur le sujet dans nos fonds. Et on active nos réseaux au sein des associations d’histoire locale.
  • Traiter le versement du service Finances. Ouf, ils avaient bien travaillé en amont, on s’y retrouve dans les boîtes. 
  • Intervenir dans une petite commune du territoire qui n’a pas d’archiviste (c’est souvent le cas quand on travaille en agglo), mais qui a quand même des archives. Ouf, on est accueillies de façon adorable par les services !
  • Sélectionner les documents qui seront exposés dans le hall de l’Hôtel de ville à l’occasion de ses 50 ans. Ouf, on les trouve tout de suite, l’inventaire est précis. 
  • Conseiller les Services techniques sur ce qu’ils doivent garder, jeter, trier, dans leurs archives papier et sur leurs arborescences informatiques. 

Ces exemples montrent la diversité des tâches qu’on peut avoir à effectuer. Évidemment, selon les lieux et les services, tous les archivistes ne font pas tout. Quand le service est plus important, les tâches sont plus morcelées. Là où je travaille, on a la chance de toucher à tout (si, si, pour moi, c’est une chance). 

Et cette diversité des tâches demande d’être organisé et méthodique. Et on essaie de l’être ! 

En tout cas, on ne s’ennuie pas !! 

Le document déclencheur

Les bancs de la discorde

Le document déclencheur… ou quand le hasard déclenche des recherches

Un jour de recherches aux Archives de la Vendée, un courrier signé d’une « Dame française républicaine » attire mon attention. Nous sommes à Puybelliard, en Vendée, le 04 février 1908. Cette dame écrit au Préfet de Vendée pour lui relater ce qui se passe avec le curé de sa paroisse. 

Extraits choisis : 

  • « Nous avons un curé qui devient insolent. Quand il monte à la tribune, c’est pour traiter ses paroissiens de voleurs, ceux qui n’ont pas payé leurs places de banc »
  • « Samedi soir, il a lui-même placé des planches et enfoncé de grosses pointes sur chaque place de banc qui lui avait pas été payée, et il a dit qu’il les laisserait jusqu’à ce qu’elles soient payées »

Ma première réaction a été de sourire. Quelle étrange situation ! 

Et puis, je me suis demandée ce qu’était cette histoire de place de banc à payer. Alors, j’ai cherché, et cette situation n’était pas rare !

D’où vient la location des bancs d’église ?

Remontons au Moyen-Age. A cette époque, il n’y avait pas de bancs ni de chaises dans les églises. Les fidèles assistaient aux offices debout, puis avec leur propre chaise. Cela donnait déjà lieu à des querelles pour obtenir les meilleures places dans l’église. 

A partir du XIIIe siècle, dans les églises anglaises, des bancs de pierre apparaissent progressivement. Ils sont rapidement remplacés par des bancs en bois, qui se généralisent durant le XVe siècle, en Angleterre et en France. Les querelles pour obtenir les places les plus convoitées de l’église n’ont pas disparu pour autant, des conflits avaient régulièrement lieu. 

Pour pallier cela, les conseils de fabrique mettent en place le bail de location des chaises et des bancs. Nous sommes au milieu du XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, les chaises et bancs deviennent un bien de consommation, et ils sont progressivement mis à disposition gratuitement. 

C’est quoi, un conseil de fabrique ? 

Le conseil de fabrique est un ensemble de personnes (clercs et laïcs) chargé de collecter les fonds et revenus servant à la construction des églises et des édifices religieux, ainsi qu’à leur entretien et celui du mobilier. Les revenus de la fabrique viennent principalement des quêtes, des offrandes, des dons, des legs, mais également des loyers et fermages. Et sans oublier le sujet qui nous intéresse ici, la location des places de bancs dans l’église.

Et dernière précision : les membres des conseils de fabrique s’appellent des marguilliers.

Comment cela fonctionne-t-il ? 

A partir du XVIIIe siècle, les marguilliers fixent les prix de location des bancs et des chaises, dans un ordre strict établi par la fabrique. Les sommes sont perçues par le chaisier ou la chaisière. Elles représentent une partie significative des recettes de la fabrique. 

Parfois, les places sont mises aux enchères ! Cela amène aussi des conflits entre les familles les plus aisées, et à l’intérieur même des familles. Les prix des places se montent à des sommes folles, et deviennent inaccessibles aux personnes plus modestes.

Le banc comme signe de statut social

Les bancs d’église ont une signification sociale dès le XVe siècle, ils sont un marqueur de la place des gens dans la société et dans la paroisse. 

Les seigneurs possédaient leurs bancs au premier rang de l’église, et parfois même dans le chœur. Les familles aisées avaient leur emplacement attitré, et ces bancs étaient l’objet de riches décorations, afin, encore une fois, d’asseoir le statut de la famille. 

La mise en place du bail au milieu du XVIIIe siècle n’a pas arrangé cela, car bien entendu, les familles les plus aisées ont pu s’offrir les places les plus en vue de l’église. En effet, il était possible d’acheter les bancs d’église. Les familles riches se les transmettent ensuite par héritage. Dans certaines églises, on peut encore voir des petites plaques de cuivre ou d’émail gravées du nom de la famille propriétaire du banc. A l’inverse, les places au fond de l’église restaient généralement gratuites, pour les pauvres de la paroisse. 

Un exemple de bail de location : Mouchamps

A Mouchamps, la fabrique n’a plus assez d’argent pour acheter de nouveaux bancs, et les familles aisées ne sont plus assez nombreuses pour assurer un revenu régulier par la location. La décision est  prise : les personnes qui veulent une place sur un banc devront le faire eux-mêmes, à leurs frais (fabrication et installation dans l’église) sur un modèle prédéfini. 

Toutefois, bien que propriétaires des bancs, les gens devront ensuite payer un droit pour les occuper, à savoir 6 livres par an. S’ils ne peuvent ou ne veulent plus payer, ils perdront leur banc, qui reviendra de fait à la Fabrique. 

La propriété du banc est héréditaire.

Le document date de l’an 13 et est repris en 1852.

Les bancs comme source de discorde 

Au fur et à mesure de mes recherches sur le sujet, je me suis rendue compte que la correspondance conservée par l’évêché regorge de situations concernant les places de bancs dans les églises.

Deux exemples de conflits, tous deux se passent à Réaumur, dans le bocage vendéen :  

Nous sommes en 1872, le curé de la paroisse fait état à l’évêque de sa situation : un adjudicataire refuse de payer son dû de 102 francs annuels pour l’occupation de son banc. Il explique que l’adjudication “a été faite le 26 décembre 1869, ce pour 7 ans, à partir du 1er janvier 1870”. Il explique ensuite que ce monsieur a bien payé ses deux premières années intégralement, mais que maintenant, il ne souhaite payer que l’équivalent de 2 places au lieu de 6, prétextant que “c’est trop d’argent”. Ce monsieur a également traité avec un sous-locataire, qui ne vient pas aux offices et ne paie donc pas sa place. Le conseil de fabrique envisage ici de porter ce cas devant les tribunaux, et le curé de la paroisse demande conseil à l’évêque sur la conduite à tenir.

Toujours à Réaumur, quelques années plus tôt, en 1866, le conseil de fabrique prend la décision de réaménager l’église afin d’agrandir les fonts baptismaux et aménager un nouveau confessionnal. Pour ce faire, les bancs ont été bougés et “avancés vers le haut de l’église”. Cette opération “jugée nécessaire pour la régularité et le bien général” permet de gagner un banc d’un côté de l’église et de l’espace pour le bon déroulé des offices. Malgré cela, un paroissien fait une réclamation au conseil de fabrique du fait de l’avancée de son banc d’environ 25 cm vers l’autel. “Le plaignant menace la Fabrique d’un procès, et, en attendant, il trouble le bon ordre”.

La réponse de l’évêque ici, est de proposer le remboursement intégral du montant payé par cet homme, en échange de son renoncement au banc. C’est ce qui a été proposé, mais l’homme a refusé formellement, et injurié grossièrement le conseil de fabrique. 

Toutefois, le curé a peut-être une solution : celle de s’appuyer sur un ancien règlement pour démettre ce paroissien de son banc. En effet, l’adjudication faite avec le plaignant date d’avant le nouveau règlement, et de ce fait, est soumis au règlement précédent dans lequel la révocation du banc peut se faire au bout d’une année, et non plus de 7 ans. 

Les affaires concernant les bancs d’église sont monnaie courante : à Thouarsais-Bouildroux en 1879, au Mazeau en 1897-1898, à Vouvant entre 1893 et 1896.

Malheureusement, je ne sais pas comment ces histoires se terminent, que ce soit à Puybelliard, à Réaumur ou ailleurs… Les archives du diocèse que j’ai pu consulter contiennent seulement les courriers reçus par l’évêché et pas les réponses. 

Quelles sources à consulter ?

Le document déclencheur se trouve dans la liasse cotée 4M 150 : Police – Cultes – Réglementation des sonneries de cloches, des bancs d’église, sépulture et processions (1904-1913), conservée aux Archives de Vendée.

J’ai également utilisé :

  • La correspondance du diocèse de Luçon, numérisée et disponible sur le site des Archives de Vendée (cote : AHD Luçon). 
  • Un article de Stéphane Gomis. “ Tenir son rang ” à l’église : le rôle des bancs et des chaises en France sous l’Ancien Régime. Session doctorale “ Figures d’appartenance ”, Michel Cassan, Apr 2008, Limoges, France. pp.124-134. ffhal-01897969ff

Les actes notariés, également numérisés et consultables sur le site des Archives de la Vendée : on y trouve des baillettes pour les places dans les églises, des actes de communauté, mais aussi des procès-verbaux d’adjudication de places accompagné des relevés des sommes perçues. 

Un dernier document à noter : le registre des recettes de location des bancs et des chaises de l’église Saint-Louis à La Roche-sur-Yon, coté 1 J 2057 (juin 1828-janvier 1830). Je ne l’ai pas utilisé ici, mais sa consultation permet de se rendre compte les sommes pouvant être allouées à la location de bancs d’églises. 

Challenge UproG

Un manège, un cadran solaire, une flèche…

Challenge Upro-G – Récap du mois de mars 2025

  • Carnaval

Quand j’ai tapé le mot “carnaval” dans la barre de recherche du site des Archives de Vendée, j’ai eu beaucoup de résultats, dont de nombreux extraits vidéo (si ça vous intéresse). Mon choix s’est ici porté sur une carte postale datée de 1907, représentant un groupe de personnes costumées. Nous sommes à Fontenay-le-Comte, lors de la Fête des Fleurs.

Cette carte postale est cotée 1 Num 1-67-165. 

Elle est disponible sur ce lien.

  • Une flèche

Les églises sont souvent des repères géographiques dans la vie des gens. 

A Bouin, sur la côte nord vendéenne, la flèche de l’église a été reconstruite dans la seconde moitié du XIXe siècle. 

Du fait de sa position géographique, l’église de Bouin possède un enjeu stratégique pour les marins. Sa flèche sert d’amer, c’est-à-dire de point de repère fixe et identifiable sans ambiguïté par les marins. Outre les flèches d’église, une tour, un château d’eau, un phare sont d’autres exemples d’amers. Il s’agit, pour les marins côtiers, de se repérer et de positionner leur navire de façon précise sur une carte.

Le plan que j’ai choisi est le projet de maçonnerie de la flèche. Il date du 31 janvier 1852, et a été dressé par l’ingénieur Pelaud. 

Il est consultable sur le site des Archives de Vendée, sous la cote (Fi)-4 S SUPPL 32-6. 

  • Une maison de garde-barrière

Voici celle de la gare de Mouchamps, dans le bocage vendéen. 

Cette carte postale fait partie d’un ensemble de 4 cartes, cotées 1 Num 20 3 377. Elles sont consultables sur le site des Archives de Vendée, ICI.

Le site internet de la commune de Mouchamps nous donne quelques indications historiques sur la gare : 

“C’est le 27 juillet 1914 que la gare de Mouchamps, desservant la ligne Fontenay-le-Comte – Cholet, est ouverte. Les premiers voyageurs sont les soldats mobilisés pour la Première Guerre mondiale.

Fermée dans les années 1950, la gare présente l’architecture typique des gares de la région. On reconnaît le bâtiment des voyageurs.

Le hangar à marchandises sert aujourd’hui de vestiaires à la salle de sports. La commune conserve de nombreuses traces de l’ancienne ligne, dont le viaduc à une arche de Courgeon qui enjambe le Petit Lay.”

  • Un manège

Suite à mes recherches sur mon ancêtre Georges, interné à l’asile de la Grimaudière en Vendée, j’ai approfondi mon étude au bâtiment même de l’asile. J’avais envie de concrétiser le séjour de mon aïeul en visualisant les pièces citées dans les sources écrites. Les plans de l’asile sont consultables, et dans l’un d’entre eux, j’ai trouvé un manège ! 

Bien entendu, ce n’est pas un carrousel, mais un manège permettant de puiser de l’eau pour alimenter l’asile. On le voit à gauche de la partie blanche ajoutée au plan.

Ce plan date du 20 mars 1846, et a été dressé par M. Malet, architecte du Département.

C’est un plan de coupe tiré du dossier du projet de construction de l’asile, nous indiquant les niveaux de la rivière et des terrains, ainsi que l’installation du manège. Il est tiré de la liasse 4 N 152, et est consultable ICI

  • Un cadran solaire

En escapade à Rennes, lors du Forum des Archivistes 2025, j’ai eu la chance d’assister à une visite culturelle intitulée “Trésors cachés” au cours de laquelle nous avons pu accéder à plusieurs cours d’hôtels particuliers. Nous avons découvert la face cachée des façades d’immeubles du centre historique de Rennes, je vous en mets quelques exemples : 

Notre visite se terminait par l’incontournable Parlement de Bretagne, et sur sa façade : un cadran solaire ! 

Challenge UproG

Un costume régional, une halle ferroviaire…

Challenge Upro-G – Récap de février 2025

Petit récapitulatif des 4 dernières semaines du challenge photographique proposé par l’Upro-G (association de généalogistes familiaux). Vous y trouverez un peu plus d’informations que dans les posts Instagram, j’espère que ça vous plaira ! Bonne lecture !

  • Une halle ferroviaire

Pour cette 6e semaine, j’ai choisi la halle ferroviaire ou halle à marchandises de la gare de Benet, dans le sud de la Vendée. Pour lire l’étude globale faite par le Service de l’inventaire du Patrimoine des Pays-de-Loire, c’est là : https://gertrude.paysdelaloire.fr/dossier/IA85003457

La halle est construite vers 1868, tout au nord des autres bâtiments de la gare.  

Halle ferroviaire de la gare de Benet (Vendée), vue avant – Photographie : Yannis Suire

Les autres bâtiments de l’ensemble (en violet sur le plan ci-dessous) sont la gare en elle-même, un petit abri pour les voyageurs jouxtant la gare (vers le centre du plan), et tout au sud, la maison du garde-barrière. 

La gare de Benet est mise en service le 29 décembre 1869, le même jour que celle de la ligne de chemin de fer allant de Niort à Cholet en passant par Bressuire. Cette ligne ferroviaire est gérée par la Compagnie des Chemins de fer d’Orléans. 

En 1939, la ligne allant vers Bressuire ferme pour les voyageurs, et en 1971 pour les marchandises. Les voyageurs utilisaient alors un omnibus entre 1940 et 1969.

Aujourd’hui, le bâtiment de la gare de Benet est une habitation. 

Voici le descriptif architectural dressé par Yves Guillotin, et consultable sur le site du Service de l’inventaire du patrimoine : 

“ Au nord, enfin, un peu à l’écart de la voie ferrée et au bord de la route de Lesson, se dresse l’ancienne halle aux marchandises. Ce grand bâtiment de plan rectangulaire comprend un soubassement, un rez-de-chaussée surélevé et un étage. Il se distingue par ses ouvertures à linteau en arc segmentaire, notamment, côté nord, une large porte charretière encadrée par deux grandes baies. Le toit, en ardoise, forme un auvent côté nord, soutenu par une charpente en bois.”

  • Un courrier hospitalier

J’ai déjà évoqué cet ancêtre sur ce blog : Pépé François, qui en réalité s’appelait Georges.

J’ai choisi de le ré-évoquer pour la semaine 7 du challenge, par le courrier attestant de la sortie d’asile de François. 

Ce courrier est adressé au Préfet de la Vendée, et rédigé par le Médecin-Directeur de l’asile départemental. Il date du 1er mars 1932.

Voici ce qu’on peut y lire : 

“ J’ai l’honneur de vous faire connaitre que M. Giraudet Georges-Louis-François, domicilié au Boupère, admis volontairement comme pensionnaire de 2e classe le 11 juillet 1930, a quitté l’établissement hier, 29 février 1932, sous la conduite de sa femme, se rendant au Boupère “.

Ce courrier marque la fin de presque deux années de traitement d’anxiété et de mélancolie sévère (pour reprendre les mots des rapports médicaux), causés par la Première Guerre mondiale. Toutefois, ce n’est pas la fin des symptômes, François n’est pas guéri. Le restant de sa vie sera ponctué de comportements plus ou moins dangereux pour lui et son entourage (famille et voisins).

  • Un costume régional

Au Boupère, en Vendée, sont nés les Joyeux Vendéens, groupe folklorique. En recherchant une illustration d’un costume régional pour la 8e semaine du challenge, je suis tombée sur une série de photographies de ce groupe folklorique, prises en partie au château de la Bonnelière (Saint-Michel-Mont-Mercure, en Vendée).

La photo ci-dessus vient du site Delcampe, mais un ensemble numérisé est également disponible sur le site des Archives de Vendée, sous la cote 1 Num 1-292-130 : 

Le Boupère. – Le groupe folklorique « Les Joyeux Vendéens » : la troupe en costume et coiffe traditionnels sur le perron d’une maison (vue 1), attablée dans une cuisine (vue 2), dans la cour intérieure de châteaux (vues 3-4), à la fontaine de Charzais (vue 5) / Lucien Pilorget phot. (vue 1). – Archives de la Vendée

Dans cet ensemble, les vues 2 et 3 sont prises au château de la Bonnelière : dans la cuisine et devant le château. La première vue a été prise, quant à elle, devant la salle de l’Oasis au Boupère. Quant aux deux dernières photographies, je n’ai pas pu identifier le lieu.

Toutefois, ces images nous donnent quelques exemples des costumes régionaux du bocage vendéen.

  • Des thermes romains

Quand j’ai vu ce thème, je pensais sincèrement ne pas en trouver en Vendée. Et bien, bien mal m’en a pris, car en 1859, l’abbé Baudry publie une étude sur des vestiges romains découverts sur la commune du Bernard.  

Cette étude est publiée dans l’Annuaire départemental de la Société d’Emulation de la Vendée. On la trouve numérisée sur le site des Archives de Vendée.

Dans cette étude, une coupe longitudinale des termes romains nous donne une idée de l’importance de l’installation. Ce plan est dressé par l’architecte M. L. Ballereau. C’est cette image que j’ai sélectionné.

Je ne suis pas une spécialiste de l’Histoire antique, je ne vais donc pas faire ici un descriptif des thermes, elle serait imprécise et certainement fausse. Toutefois, en lisant l’analyse de l’abbé Baudry, on apprend qu’aucun autre site de thermes romains n’a été découvert sur le territoire de la Vendée. 

De plus, il nous explique que l’entièreté du site n’a pu être découverte, du fait d’”assez grandes difficultés” (qu’il ne nous explique pas). Malgré cela, il note l’importance du site : il nous dit que les vestiges déjà retrouvés : 

La suite de l’article est la description détaillée des éléments composant le site. Je vous invite à suivre le lien pour la dire entièrement.

J’en viens directement à la conclusion de l’étude. Dans l’avant-dernier paragraphe, l’abbé Baudry indique que, selon, lui ces thermes étaient publics : 

Le lien vers l’article complet : 

FouillesduBernard(Vendée).Deuxièmeannée,Antiquitésgallo-romaines/l’AbbéFerd.Baudry. – Visionneuse – Archives départementales de la Vendée

Challenge UproG, Challenges photographiques

Un pigeonnier, un carreau…

Un mois de photos pour le défi UproG

En temps normal, quand on participe au challenge Upro-G (qui est une association regroupant des généalogistes familiaux, https://upro-g.fr/), on doit publier une photo par semaine, sur une thématique donnée.

Comme je suis en retard, j’ai publié les cinq premières semaines d’un coup.

  • Semaine 1 – Un pigeonnier

Voici l’entrée du pigeonnier du château de Trecesson, dans le Morbihan.

Entrée du pigeonnier du château de Trecesson (photographie personnelle)

L’intérieur du pigeonnier compte 1800 boulins. Le boulin est une sorte de niche, destinée à abriter le pigeon. Le boulin est un indicateur de la richesse du propriétaire. Un boulin correspond à 1/2 hectare de terre. Ici, nous avons 1800 boulins soit une superficie de 900 hectares à la construction du château.

  • Semaine 2 – Une charcuterie régionale

J’ai choisi de vous parler de la fressure ! Je pense que tous les Vendéens connaissent la fressure. C’est une sorte de pâté fait à partir de sang de porc. Quand on tuait un porc, on ne laissait rien. Le sang était recueilli, on le faisait bouilli avec du pain, des oignons. On la mange chaude ou froide, avec du pain, de la mogette, de la salade.

Les images que je vous ai choisies sont issues des fonds des Archives de Vendée, sous la cote BIB6394. On y voit le recueil du sang et le brassage de la fressure.

Cartes postales issues de la bibliothèque historique – Archives départementales de Vendée – BIB6394
  • Semaine 3 – Un œil-de-bœuf

Au cours d’une balade à Landerneau dans le Finistère, un œil-de-bœuf…

Photographie personnelle
  • Semaine 4 – Une tapisserie

Celle de l’Apocalypse, au Château d’Angers.

Elle a été réalisée à la fin du XIVe siècle, suite à une commande du du Louis 1er d’Anjou. Elle représente l’Apocalypse de Jean de Patmos.

Actuellement, elle mesure 104 mètres. Mais à l’origine, elle mesurait environ 140 mètres de long et 6 mètres de haut. Elle se compose de 6 pièces, ou tableaux. La tenture a été léguée à la cathédrale d’Angers au XVe siècle par le roi René.

Si vous souhaitez une description détaillée de chaque tableau, n’hésitez pas à jeter un œil sur le site internet du château.

Extrait de la tapisserie de l’Apocalypse – Photographie : Domaine national du Château d’Angers
  • Semaine 5 – Un carreau

Voici un azulejo. Il s’agit d’un carreau de faïence typique du Portugal (notamment). Cet ensemble se trouve dans le jardin de la quinta d’Almeida, à Caide de Rei, à l’est de Porto.

Photographies personnelles

On trouve des ensembles d’azulejos un peu partout au Portugal. Un exemple est celui de la gare de Porto.

Challenge UproG, Challenges photographiques

Le mystère de Montrouge

Challenge Upro-G – Février – Un fait divers

Pour préparer ce post, je me suis plongée dans les journaux anciens en ligne (sur le site des Archives départementales de la Vendée), et notamment dans les exemplaires d’un journal intitulé La Vendée Républicaine : http://recherche-archives.vendee.fr/archives/fonds/FRAD085_4num291 .

J’avais déjà eu l’occasion de fouiller dans ce journal, notamment dans les tous petits articles mentionnant les faits divers ayant eu lieu dans région. Ils relatent des faits variés dont certains sont truculents :

La Vendée Républicaine, décembre 1886 – 4 Num 291/1
La Vendée Républicaine, décembre 1886 – 4 Num 291/1

Mais l’un d’eux a particulièrement attiré mon attention. Il s’agit de celui-ci :

La Vendée Républicaine, décembre 1886 – 4 Num 291/1

La découverte d’une partie de corps humain est assez rare dans une ville comme la Rochelle. Mais ce qui a piqué ma curiosité n’est pas tant la découverte que la référence à la femme découpée en morceaux de Paris.

J’ai donc voulu chercher cette femme.

Pour situer le contexte, M. Taylor, mentionné dans l’article, est le Chef de la Sûreté de Paris entre 1885 et 1887. C’est son service qui est en charge de l’affaire. Le cadavre de cette femme a été trouvé le 05 août 1886 à Montrouge (sud de Paris). Selon les archives anthropologiques, il s’agit d’une femme de 22 ans, dépecée en 7 morceaux. Le magasine Détective revient sur cette affaire dans un long article sur les dépeceurs, en avril 1938. On y apprend que la tête de la victime manquait au moment où elle a été découverte.

Archives de l’anthropologie criminelle – Tome 1 – 1886

J’ai continué mes recherches avec la presse. Le Journal de Roubaix, en novembre 1900, nous fait un état, une sorte d’étude, sur les dépeceurs. Dans cet article, le journaliste parle de plusieurs cas de dépeçage, et notre affaire y apparait. Malheureusement, elle est relatée dans les affaires non élucidées. Toutefois, quelques informations supplémentaires viennent compléter mes recherches : les morceaux de la femme de Montrouge avaient été « enveloppés dans une toile cirée blanche, du genre de celles qui servent à couvrir la table de famille, dans les ménages pauvres ». Une sorte de fil à fouet a également été utilisé pour nouer la toile, accompagnée d’un morceau d’étoffe. L’auteur nous apprend que cette toile a également été utilisée dans un autre meurtre à Ménilmontant (20e arrondissement de Paris) en 1886. Sur cette affaire, l’assassin avait fait deux paquets avec les restes de sa victime et les avait jetés à deux endroits. Même chose que pour le meurtre de Montrouge, deux ans plus tard. On peut donc être en droit de se poser la question d’un même assassin pour ces deux affaires…

Extrait de l’article du Journal de Roubaix – Novembre 1900

J’ai fait la demande du dossier d’instruction à la Préfecture de Paris. Je suis pour l’instant dans l’attente de la réponse des services, je ne manquerais pas de vous tenir au courant !

Donc, à ce jour, le mystère de Montrouge (et par extension celui de Ménilmontant) reste entier.

Challenge UproG, Challenges photographiques

La cloche de brume

Challenge Upro-G – Janvier – Une cloche

Quand la mer joue des tours aux marins et aux habitants des côtes, il est bon de trouver des moyens de se protéger. La cloche de brume (ou corne de brume) en est un.

Les bateaux en sont tous dotés.

Mais je voulais vous parler de celles qui sont installées sur les côtes et dans les ports, afin de permettre aux marins de trouver facilement leur chemin par temps bouché. Les cloches de brume ont le même rôle que les phares, en utilisant le son. Un code est d’ailleurs employé et connu des marins, selon les messages à faire passer.

En Vendée, on trouve des cloches de brumes dans plusieurs ports, et notamment celui de Port-Joinville sur l’Ile d’Yeu. Le Conseil général de la Vendée en a demandé l’installation à l’extrémité de la jetée nord-ouest du port en 1889. Il souhaitait alors coupler cette installation avec la mise en place d’une sirène dans « le grand phare de l’île ».

Grand Phare de l’Ile d’Yeu – Source : site internet des Phares de France

La sirène du phare ne sera installée que plus tardivement, car elle dépend de l’alimentation électrique du phare, elle-même ajournée.

Toutefois, la cloche est jugée nécessaire pour « assurer, en temps de brume, aux embarcations de pêche et au bateau-poste de l’Ile d’Yeu les moyens de ne pas manquer l’entrée du port à l’heure de la marée » (lien vers les actes du Conseil général de Vendée).

La cloche sera finalement mise en place à l’extrémité de la passerelle de la Galiotte, et ce, sur conseil des ingénieurs des Ponts et Chaussées. Le montant des travaux est estimé à 520 francs, et est financé par le Conseil général. La commune de Port-Joinville assure en contrepartie les frais de fonctionnement du signal sonore. La cloche était actionnée manuellement par les habitants.

La passerelle de la Galiotte, ou estacade, a été construite, quant à elle en 1880. Elle mesure 205 mètres de long et était utilisée comme chemin de halage pour accoster au retour de la pêche. Aujourd’hui, la passerelle de la Galiotte est en cours de déconstruction.

En 1930, la cloche de brume de Port-Joinville a été emportée par une tempête comme le témoigne l’article ci-dessous.

La Parole Républicaine – 08 février 1930 – Source : Archives départementales de Vendée

Les cloches du port de l’Herbaudière (sur l’île de Noirmoutier, et en image ci-dessous) et du port de Saint-Gilles ont été installées en 1899.

Archives départementales de Vendée – 1 Num 381-41
Morceaux de vies

Louis, le bagnard de Cayenne

Épisode 3/3

Si vous avez manqué le début : épisode 1

Louis DAVID est arrêté le 16 octobre 1937, incarcéré à Nantes, puis à Fresnes, et enfin à Ensisheim (près de Mulhouse). Le 10 octobre 1938, il est amené à l’Ile de Ré d’où partent les bateaux pour la Guyane. Le départ est prévu le 22 novembre 1938, de Saint-Martin-en-Ré, il se fera finalement le lendemain, pour cause de mauvaise météo.

Un article de presse de l’Ouest-Eclair nous raconte ce départ :

Ouest-Eclair – 29 novembre 1938

609 condamnés embarquent, le bateau prend le large à 17h. Les prisonniers débarquent le 13 décembre dans le port de Saint-Laurent-du-Maroni.

A partir de là, pour continuer mes recherches, je me suis tournée vers les Archives nationales d’outre mer (ANOM) basées à Aix-en-Provence. Ce dépôt d’archives conserve notamment les dossiers individuels des condamnés au bagne. Toutefois, ne pouvant pas m’y rendre directement, j’ai fait appel à une connaissance sur place qui a fait des photographies du dossier de Louis DAVID.

Le dossier individuel de Louis DAVID nous apprend une multitude de choses quant à son séjour à Saint-Laurent-du-Maroni.

Commençons par les notices individuelles  établies pour chacune des condamnations ayant valu à Louis la relégation. Au 16 novembre 1937, Louis a 9 condamnations antérieures. La dernière, pour vols, a eu lieu au Tribunal de Nantes le 03 novembre 1937. 6 mois de prison et la relégation. On y apprend également quelques éléments de sa vie : Louis est cultivateur à son compte, à Blain. Toutefois, il n’a pas d’exercice réel de sa profession, vit dans l’oisiveté et est apte au travail. De plus, il vit d’expédients, ne participe pas à l’entretien de sa famille. Il est également mal noté dans sa commune, pratique le libertinage et la débauche, et ne vit pas en concubinage.

Sur la notice suivante, datant du 01 décembre 1937, Louis est sans profession et s’adonne à l’ivrognerie, en plus de tous les éléments ci-dessus. On apprend également qu’il est interdit de séjour dans l’arrondissement de Nantes, interdiction qu’il a, apparemment, bravée.

On lit également qu’il est « apte à la relégation et au travail, et peut être utilement employé dans les travaux de culture ».

Les prisonniers relégués sont classés en deux catégories de relégation : l’individuelle et la collective (pour plus de précisions, c’est ici).

Pour déterminer la catégorie dans laquelle le prisonnier est placé, une Commission de classement étudie chaque cas et donne un avis. Dans le cas de Louis DAVID, le directeur de la prison d’Ensisheim, ainsi que le Préfet de Loire-Inférieure émettent un avis favorable à la relégation collective. La Commission de classement du 08 novembre 1938 confirme cet avis : « pas lieu d’admettre au bénéfice de la relégation individuelle, ni de lui accorder de dispense de départ, a lieu de le diriger vers la Guyane ». Louis DAVID est, selon ce même avis, en « bon état général, sans ressources et voleur incorrigible ». Il est classé en relégation collective.

Comme nous l’avons vu plus haut, Louis DAVID arrive en Guyane le 13 décembre 1938. Pendant environ une année, Louis DAVID ne fait pas parler de lui. Au début du mois de novembre 1939, il est arrêté « sur la route du chantier forestier avec son co-relégué Durnstein, possesseur de palettes qu’ils venaient de dérober » (mention faite sur le bulletin de demande de punition daté du 13 novembre 1939 inhérent à cette arrestation). La condamnation suite à ce méfait est de 15 jours sans salaire, par la Commission disciplinaire du 18 novembre 1939.

Le 27 février 1940, Louis DAVID est de nouveau condamné à 6 mois de détention pour escroqueries par le tribunal de première instance de Maroni.

Le 24 septembre 1939, Louis DAVID s’évade. Il est signalé par procès-verbal de constatation d’absence du 25 septembre 1939. Il part de Saint-Louis, traverse le fleuve Maroni grâce à des membres de la tribu Bosch, qui échangent sa traversée contre sa vareuse de laine. Il a ensuite travaillé pendant 21 jours pour une tribu bosch, puis 33 jours pour la police hollandaise. On trouve ces éléments rapportés par Louis DAVID lui-même dans le rapport de son interrogatoire ayant eu lieu le 18 novembre 1940. Il est ensuite condamné à 18 mois de prison et 31.20 francs d’amende le 26 novembre 1940.

Au début de l’année 1942, Louis DAVID engage une procédure de demande de libération conditionnelle auprès du Procureur. A cette époque, il est en mauvaise santé, la malaria sévit dans le camp. Pas moins de quatre échelons administratifs sont à gravir, quatre avis sont à obtenir avant la décision finale : la Commission disciplinaire de dépôt de relégation le 27 janvier 1942, le juge de paix le 24 mars, le Procureur général le 04 avril et le Chef des services pénitentiaires coloniaux le 15 avril. Tous ces avis sont défavorables. Louis DAVID a été condamné à 45 jours de cellule pour « dissipation d’effets et mauvaise volonté au travail, et défaut de tâche ». Il est également qualifié de « travailleur médiocre », et on juge qu’il « ne mérite pas la faveur qu’il sollicite ». Le Gouverneur rend sa décision finale le 15 juin 1942 : « Rejeté ».

Louis DAVID meurt le 10 mars 1942, à 05h30, « des suites d’une dysenterie aigüe chez un cachectique » (selon le bulletin de décès émis à Saint-Laurent-du-Maroni », soit trois mois avant que la décision le concernant soir rendue.


Ainsi se termine l’histoire de Louis DAVID, le bagnard de Cayenne.

Merci à Jean-Louis pour m’avoir permis de travailler sur cette histoire, j’ai appris beaucoup de choses sur le bagne, sur la relégation, sur les conditions de vie des prisonniers, sur le contexte historique de l’époque.

Morceaux de vies

Louis, le bagnard de Cayenne

Épisode 2/3

La relégation, c’est quoi ?

Cette semaine, je voulais vous faire une petite présentation de ce qu’est la relégation. Cela fait suite à l’article de la semaine (ici) dernière sur Louis DAVID, le bagnard de Cayenne, qui a été condamné à la relégation. Ce nous permettra de comprendre ensuite les conditions de vie de Louis à Saint-Laurent-du-Maroni pendant les dernières années de sa vie.

Entrée du bagne de Saint-Lauren-du-Maroni – © wikimedia commons – Davric

La relégation, c’est quoi ?

La relégation est un internement à perpétuité en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, de criminels ou de délinquants récidivistes. Les délits sont le plus souvent mineurs : vol simple, rupture de ban, vagabondage.

Est condamnée à la relégation une personne ayant commis un certains nombre d’infractions, et purgé un nombre de peines défini. Si toutes les infractions sont inscrites au casier judiciaire, le juge a pour obligation de prononcer la relégation.

Les condamnés sont alors appelés « incorrigibles ».

« Les récidivistes incorrigibles forment une armée toujours prête pour le désordre et la guerre civile : on en a fait une cruelle expérience lors de l’insurrection de la Commune de Paris. Il en sera ainsi dans toutes les occasions : le récidiviste, déshabitué du travail, aigri par le séjour des prisons, devient l’ennemi irréconciliable de l’ordre social »

(Haussonville, 1874).

De quand date la relégation ?

Elle a été instaurée par une loi du 27 mai 1885, dite loi Waldeck-Rousseau. Elle a été votée à une écrasante majorité.

« Je pars, moi, de cette idée qu’il y a des incorrigibles et qu’un certain nombre de condamnations à raison des faits, de certains délits font la preuve de cette incorrigibilité. […] je crois fermement, profondément, ce qui est la raison d’être de la loi elle-même, qu’il y a des natures incorrigibles, des hommes vis-à-vis desquels il faut prendre des mesures spéciales et pour lesquels les peines ordinaires ne suffisent pas »

(Waldeck-Rousseau, 1885).

Combien de personnes ont été reléguées ?

Entre 1887 et 1953, 17 375 hommes et 519 femmes ont été reléguées en Guyane.

L’espérance de vie y était de 6 ans. La mortalité a beaucoup augmenté pendant la Seconde guerre mondiale.

Comment ça marche ?

La relégation est le résultat d’une « trajectoire criminelle ». L’ensemble des condamnations est pris en compte, ce n’est pas le résultat d’un dernier acte criminel. C’est ce critère qui donne le caractère incorrigible à la personne condamnée.

On voit dans le relégué un homme qui ne pourra jamais se comporter autrement que dans la délinquance. C’est comme un trait de caractère.

La relégation est alors perçue comme un moyen d’endiguer la récidive. Elle est vue comme une mesure de défense sociale.

Deux volets

La relégation a d’abord un volet répressif : elle permet à la métropole de se débarrasser des individus dont elle ne veut plus sur son sol.

Le second volet est colonial : elle permet de fournir aux colonies une main d’œuvre abondante et bon marché. Et elle peut également permettre aux relégués les plus méritants d’avoir une vraie place dans la société en s’installant sur place, en ayant un travail et par conséquent en leur permettant de participer à la grandeur et au développement de l’Empire colonial français.

Deux régimes

La relégation individuelle :

Peuvent en bénéficier les relégués ayant des moyens financiers suffisants pour se prendre en charge sur place, et cela doit être accompagné d’une bonne conduite pendant toute leur détention.

Les relégués individuels sont libres sur place, et ils ont la possibilité de trouver un travail ou d’avoir une concession. Une seule condition : ne pas quitter la colonie.

La relégation collective :

Tous les autres : ceux qui n’ont pas les moyens financiers nécessaires. Dans ce cas, ils sont pris en charge par l’Etat et doivent travailler pour lui. Cela prend la forme de travaux forcés dans un pénitencier (Saint-Jean-du-Maroni ou camps annexes).

La relégation collective est perçue par le législateur comme une sorte de tremplin vers la relégation individuelle. Car il est possible de passer de l’une à l’autre. Comment ? La première condition est la bonne conduite. La seconde condition est le versement d’une caution de 100 francs. Le passage à la relégation individuelle est donc très rare. D’autant plus que les relégués individuels sont interdits de séjour à Cayenne, donc interdits de séjour dans un des seuls endroits où ils pourraient trouver du travail.

Vue du camp central des relégués et des locaux disciplinaires – © Collection particulière Association Meki Wi Libi Na Wan.

Quelles conditions de vie ?

Les conditions de vie sont très mauvaises, très dures. Le manque de médicaments et de nourriture augmente la mortalité, surtout au moment de la Seconde guerre mondiale.

La plupart des prisonniers souffre du syndrome cachectique. Ce syndrome se caractérise par plusieurs symptômes :

  • Pâleur extrême des téguments parfois, lividité 
  • Amaigrissement considérable avec œdèmes et bouffissure des membres inférieurs ou de la face (plus ou moins accusés) 
  • Anémie profonde
  • Diarrhée profuse

Le médecin ne peut pas enrayer cette situation, surtout depuis le début de la guerre. Selon un de ses témoignages, la plupart des prisonniers sont dans un état « lamentable » et en détresse physiologique, notamment ceux maintenus en prison (ce qui est le cas de Louis DAVID en février 1942, nous le verrons dans le dernier épisode de la série).

Cette situation ne s’améliore guère, car le gouverneur de l’époque ne pense pas que l’état des prisonniers soit du aux mauvaises conditions de détention et à l’absence de nourriture. Selon lui, les décès sont dus à la « mentalité » des relégués :

« J’ajoute que ce n’est vraisemblablement pas pendant les heures de travail pour l’Administration où les relégués sont sous la surveillance du personnel mais bien plus pendant les heures de travail pour la « camelote » et la débrouille qui n’a pas d’autre but que de permettre aux relégués de satisfaire leurs vices et leurs instincts anormaux ou de faciliter leurs tentatives particulièrement débilitantes d’évasion que leur santé s’altère. Pour se procurer des papillons, l’osier, le raphia et les bois durs nécessaires à la confection de petits objets destinés à leur fournir des fonds pour des fins inavouables ou criminelles les relégués ne prennent aucun soin des conditions sanitaires des sols marécageux qu’ils doivent traverser, de la qualité de l’eau qu’ils boivent alors, ni aucune mesure d’hygiène et c’est à ce moment surtout qu’ils contractent les affections qui inquiètent ».

Voici comment Albert Ubaud, fonctionnaire civil de l’administration pénitentiaire, décrit certains d’entre eux à leur arrivée au pénitencier de Saint-Laurent comme de véritables « squelettes » :

« Hommes squelettes.
Un jour que je me trouvais à l’intérieur de la maison de Détention, je vis une vingtaine d’individus alignés le long d’un mur, nus comme pour une revue d’incorporation. C’était des “relégués” amenés de Saint-Jean où se trouve le dépôt de la relégation. Ils étaient là, tous nus sous le soleil, attendant d’être fouillés avant de regagner le local qui leur était affecté. Sur le sol étaient placés leurs vêtements. À quelque distance il s’en trouvait une demi-douzaine adossée au tronc d’un arbre à pain ou couchés sur le sol. Ceux-là n’avaient pu aller plus loin. Ce n’étaient plus des hommes : c’était des squelettes. On avait l’impression qu’ils venaient de s’échapper de l’amphithéâtre. Le spectacle était horrifiant. L’on se demandait comment certains d’entre eux pouvaient encore se tenir debout. Après l’inspection de leurs effets, ils durent se rhabiller. Alors, ce fut une scène navrante ! La plupart de ceux qui tentèrent de se baisser pour ramasser leurs hardes s’effondrèrent, l’un après l’autre, comme soufflés. Ils ne purent se redresser seuls. On dut faire appel à des porte-clés qui les transportèrent à dos jusqu’au local, sous le clocher du Camp. Ceux qui se trouvaient adossés à l’arbre rejoignirent la case en se traînant sur le sol comme des cul-de-jatte  ».


Pour en savoir plus sur la relégation, je vous conseille de lire l’article suivant : https://www.cairn.info/revue-geneses-2013-2-page-71.htm

De plus, l’émission de radio de France Inter, La Marche de l’Histoire, a également consacré un épisode sur le bagne de Cayenne : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-marche-de-l-histoire/le-bagne-de-guyane-2523474


Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour le troisième et dernier épisode sur l’histoire de Louis, le bagnard de Cayenne…

Merci !